• 22 avril 2013
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La petite photo entre ses mains

Sr Aurélie avec des jeunes de l’aumônerie, 2012

De sr Aurélie, au prieuré de Hyères (Var) :

S’il est un mot qui me touche par­ti­cu­liè­re­ment ces der­niers temps, à tra­vers de mul­ti­ples évènements, c’est celui de gra­tuité. Peut-être parce que j’en ai beau­coup besoin. Peut-être parce que notre monde, notre époque, nos contem­po­rains en ont beau­coup besoin. Gratuité d’un moment passé ensem­ble sans recher­che de quel­conque effi­ca­cité, ren­ta­bi­lité, résul­tat ; gra­tuité d’un ser­vice caché et humble, gra­tuité dans les rela­tions. Ce mot me paraît vrai­ment splen­dide, lumi­neux comme la vie ou… comme la vic­toire de la résur­rec­tion !

Discret, plutôt silen­cieux dans le groupe, Alexis nous avait tou­chées, les jours pré­cé­dents, par sa téna­cité : un garçon qui sui­vait son coeur , et qui donc savait ce qu’il vou­lait : l’avant-veille, il avait emboîté le pas à Anne, la pour­sui­vant jusque dans le self, sans la lâcher d’un pouce, pour lui poser encore quel­ques ques­tions -elle en avait même oublié de mettre de la sauce sur ses carot­tes râpées !-

Ce jour-là , il était de nou­veau à l’aumô­ne­rie, pour décou­vrir un peu plus Points-Coeur , et il vint encore me poser quel­ques ques­tions, à la suite de la pré­sen­ta­tion. Des ques­tions sur les enfants dont j’avais parlé, des ques­tions sur la voca­tion, le mariage et l’amour. Il s’assoit à côté de moi, sur le canapé. Puis il me dit : « je vou­lais vous mon­trer … ». Il sort len­te­ment de sa poche, comme en dévoi­lant son secret le plus grand, une photo. Lui, et une jeune fille. « C’est mon amie. Elle s’appelle Amélie. » Il m’expli­que qu’ils vivent à dis­tance et ne se voient que peu sou­vent. Mais ils s’écrivent et se télé­pho­nent. Je suis étonnée par sa ten­dresse emprunte de pudeur, et par son amour déjà si mûr. « Ce qui m’inquiète, vous savez, c’est qu’elle a peur de la mort. Parfois aussi, elle me dit qu’elle se sent seule ». Je m’émerveille en silence de cet amour qui per­çoit l’autre dans sa des­ti­née, qui sait se préoc­cu­per de sa vraie souf­france, de son vrai bon­heur.

« Si sou­vent, tout devient pour nous un objet « utile », quel­que chose qui est bon à pren­dre, quel­que chose qui m’appar­tient et sur laquelle j’ai « des droits ». Tout devrait être comme Communion en mes mains. » (Père Schmemann).

Et c’était cela, très exac­te­ment, le sens de cette petite photo entre ses mains. »


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