• 20 septembre 2011
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Visites au Point-Cœur de la Sainte-Famille, Brésil

Daiane

Depuis mon arri­vée au Brésil en 2009, j’ai l’immense joie d’accom­pa­gner les jeunes volon­tai­res du Point-Cœur de la Coroa, un quar­tier défa­vo­risé de la ville de Simões Filho, à 20 minu­tes de la Fazenda do Natal où j’habite. Chaque semaine je prends avec eux un temps d’étude et de réflexion à partir d’un texte et je les accom­pa­gne ensuite dans quel­ques visi­tes. Leur quar­tier est plein de vie, les enfants cou­rent dans la rue, les ven­deurs pas­sent, il y a les voi­tu­res, la musi­que… Impossible de rester impas­si­ble devant une telle explo­sion de vie ! Nos jeunes volon­tai­res m’édifient : ils por­tent les soucis des per­son­nes, les accom­pa­gnent à l’hôpi­tal, aident les enfants à faire leurs devoirs, etc. Il y a dans ce quar­tier quel­ques per­son­nes qui ont un destin assez tra­gi­que et que nous accom­pa­gnons depuis bien long­temps. Je pense à Irene, à Dona Ana, à Christine, à senhor Ernesto. Leur vie semble tou­jours une impasse dans laquelle il est impos­si­ble de faire un pas et d’avan­cer. Il y a sou­vent comme un trop plein de souf­fran­ces, de choix erro­nés, de mal­chance, d’inca­pa­cité, de misère.

Devant leur détresse, il arrive que nos jeunes déses­pè­rent... et moi aussi ! Je n’ai pas de réponse à leur donner, de solu­tion à leur pro­po­ser, je sais que pour cer­tains nous avons tout tenté sans résul­tats visi­bles. Je m’aper­çois qu’il faut faire dans ces moments-là un vrai pas dans la foi et accep­ter d’être une pré­sence gra­tuite, celui qui reste les mains vides devant un autre qui crie, et auquel il est impos­si­ble de répon­dre si ce n’est par un "Je suis là, avec toi". Je suis sou­vent émerveillée de voir com­ment les volon­tai­res embras­sent cette réa­lité à plein cœur, ils posent de vraies ques­tions : "Irmã, pour­quoi Irene est-elle encore là ? Pourquoi tant de souf­fran­ces ? Comment fait-elle pour être encore en vie ? Comment arrive-t-elle encore à rire ?". Il m’arrive de penser que, fina­le­ment, la réponse que Dieu donne devant le cri de ces per­son­nes, devant mon propre cri de déses­poir, c’est le chemin que font nos jeunes volon­tai­res, un chemin qui fait qu’Irene, Dona Ana, Christine, Dona Maria, senhor Ernesto, ren­trent dans leur vie, dans leur cœur, dans leurs nuits sans som­meil et qu’ils devien­nent ainsi impor­tants aux yeux d’un autre.

Chaque ven­dredi nos volon­tai­res ont une jour­née de repos, mais voilà que ven­dredi der­nier à 7h du matin deux fillet­tes son­nent à la porte, c’est Daiane, 11 ans, et sa soeur Priscila, 9 ans, char­gées de farine et d’œufs : "Nous venons faire un gateau d’anni­ver­saire pour maman !" Tout en cui­si­nant, la dis­cus­sion s’engage : "ser mãe é ruin" ("être maman, c’est dur") dit Daiane. C’est sa mère qui dit tou­jours cela. Elle com­mence alors à nous parler de sa famille, une his­toire bien dif­fi­cile mar­quée par la vio­lence, l’alcoo­lisme de leur père et la soli­tude de leur mère. Vers 8h30 elles sont par­ties, ravies, avec avec leur gâteau pour réveiller leur maman en chan­tant "Joyeux anni­ver­saire". Et à 9h elles étaient déjà de retour au Point-Cœur avec deux por­tions de gâteau pour nous !

Intérieurement je trou­vais incroya­ble que ces peti­tes se soient levées si tôt pour pré­pa­rer un gâteau pour leur mère. D’où vient leur gra­ti­tude alors qu’elles ont une vie si dure, alors que leur propre mère leur fait sentir que sa souf­france vient jus­te­ment du fait de leur avoir mis au monde ? "Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux sages et aux intel­li­gents et de l’avoir révélé aux tout petits." (Mt 11, 25). Daiane et Priscila venaient de nous révé­ler quel­que chose d’essen­tiel : rien ne peut étouffer la joie d’être, la joie de se savoir engen­dré par un autre, la joie d’avoir reçu la vie, d’être admis au ban­quet de la vie !

Sr Laetitia
Jeux avec les enfants à la Fazenda do Natal, tout à gauche Priscila, Brésil
Jeux avec les enfants à la Fazenda do Natal, tout à gauche Priscila, Brésil

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