• 16 février 2013
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Un temps d’appauvrissement et de découverte

Supplication 1 © Sculpture de Paul Crochat, 2007

Chaque année, la litur­gie du mer­credi des Cendres nous remet devant la vérité de notre destin : « Tu es pous­sière et tu retour­ne­ras en pous­sière. »

Et chaque année, enten­dant cela, nous nous disons « cette fois, je ne peux plus me dis­pen­ser "de me conver­tir et de croire à l’Evangile". Il me faut bannir de ma vie tout ce qui n’est pas conforme à l’idée que je me fais de la sain­teté : ces répli­ques sar­cas­ti­ques, ces quel­ques men­son­ges, ces juge­ments mal­veillants, ces whis­kys en trop, ces ciga­ret­tes inu­ti­les. Tout cela doit dis­pa­raî­tre. Je vais en faire l’affaire de ce Carême ». J’ai ainsi la pré­ten­tion de croire que ma volonté aura vite fait de régler ces pro­blè­mes.

Survient le deuxième ou le troi­sième diman­che de Carême. Je me dois de faire un pre­mier bilan : l’angoisse que me cause la seule idée d’avoir à arrê­ter de fumer jamais ne m’a poussé autant vers la ciga­rette et je com­pense la pri­va­tion de quel­ques verres de whisky par un redou­ble­ment d’agres­si­vité. Bref, ce Carême – tout d’ailleurs comme les pré­cé­dents – tourne à la catas­tro­phe. Jamais, je n’ai eu de moi-même une idée à ce point néga­tive : jamais aussi, je ne me suis senti aussi inca­pa­ble de sacri­fi­ces, de renon­ce­ments, voire de reli­gion.

J’ai alors le choix. Ou je tourne la page des efforts de Carême et renonce défi­ni­ti­ve­ment à toute pra­ti­que reli­gieuse ou je cher­che à com­pren­dre cette inap­ti­tude et à gran­dir dans ce qui paraît un effon­dre­ment.

De fait, ce temps nous est donné, comme le rap­pelle l’orai­son du pre­mier diman­che de Carême, pour « pro­gres­ser dans la connais­sance de Jésus-Christ » et, curieu­se­ment, il semble que nous le connais­sons mieux lors­que nous décou­vrons l’immen­sité de notre fai­blesse que lors­que nous réa­li­sons que nous sommes très capa­bles d’ascèse et que nous savons accom­plir par­fai­te­ment nos réso­lu­tions. Dans ce der­nier cas, nous ris­quons de ne ren­contrer que nous-mêmes et notre pseudo-per­fec­tion et de lais­ser l’orgueil s’infil­trer en nous. Qu’il serait alors curieux le fruit de notre Carême ! Dans le pre­mier cas, la prise de cons­cience de notre misère nous dis­pose à accueillir, si tou­te­fois nous le vou­lons bien et osons ne pas nous appe­san­tir sur notre fai­blesse, la pré­sence du Sauveur, le salut de Celui qui est mort et res­sus­cité pour nous et dont nous célé­brons l’amour d’une façon toute spé­ciale pen­dant le tri­duum pascal.

Bref, notre inap­ti­tude à tenir, bien malgré nous, nos réso­lu­tions de Carême peut être une béné­dic­tion en nous ouvrant à la connais­sance de Jésus-Christ et en nous fai­sant expé­ri­men­ter ce qu’Il est pour nous : Miséricorde !

Père Thierry de Roucy


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