• 11 janvier 2012
fr

Twitter : Narcissisme ou Monachisme ?

2011 a tiré sa révé­rence et c’est l’heure des bilans, l’heure aussi des « best of ». On lisait der­niè­re­ment dans les infor­ma­tions « Les 10 meilleurs tubes de l’année », « les 10 meilleurs films de 2011 », « les 10 meilleurs res­tau­rants de l’année », « Les 10 meilleu­res actions foot­bal­lis­ti­ques de 2011 », etc. Depuis peu, une nou­velle caté­go­rie est entrée dans la com­pé­ti­tion, il s’agit des « meilleurs tweets » ! Le Figaro publiait ainsi « les 10 tweets qui ont marqué l’année » . Parmi eux Wael Ghonim est devenu un sym­bole pour l’Egypte en appe­lant à la révo­lu­tion. Ou encore une jeune japo­naise fai­sait le tour du monde en pos­tant sur son compte Twitter une photo du séisme au Japon quel­ques heures après l’événement.

En voilà deux qui sont deve­nus célè­bres par un tweet, par un click de leur souris ! Mais ils sont des mil­lions d’uti­li­sa­teurs à se connec­ter chaque jour sur Twitter, Facebook ou sur leurs blogs per­son­nels, à accep­ter comme « amis » des per­son­nes qui leur sont inconnues, à télé­char­ger leurs photos de vacan­ces ou de soi­rées voire celles de leur vie privée, à par­ta­ger leurs pen­sées « phi­lo­so­phi­ques » et à actua­li­ser leurs états d’âme heure après heure…

« Michel a mis à jour sa photo », « Jean-Pierre a mal à la tête », « Olivia aime Shakira », « Sophie et trois autres amis aussi », « Nicolas est en vacan­ces », « Juliette aime Romeo », « Jean-Pierre va mieux », « Marie appa­raît dans l’album de Robert » et « Nicolas a repris l’école »…

« Actualiser », « Mettre à jour », n’est-ce pas rat­tra­per le temps passé et trans­cen­der l’espace et le temps pour se rap­pe­ler sans cesse à la mémoire des autres ? Chaque « moi » caché der­rière un profil Twitter ou Facebook semble vou­loir s’éterniser à tra­vers une mise à jour cons­tante de son exis­tence. Le « moi » cons­tam­ment actua­lisé appelle à témoin, il est à l’affût d’un bout d’espace public vir­tuel pour atti­rer l’atten­tion, pour être vu, regardé, « aimé », « twitté » et qu’enfin, une telle reconnais­sance puisse donner une cer­taine légi­ti­mité à son exis­tence appa­rem­ment insi­gni­fiante, éphémère ou super­fi­cielle. « L’homme a besoin d’éternité et toute autre espé­rance est pour lui trop courte, trop limi­tée. » disait le Pape en se diri­geant aux chefs d’état et de gou­ver­ne­ment par­ti­ci­pant au G20 de Cannes.

Dans une société moins sécu­la­ri­sée, les hommes se tour­naient plus spon­ta­né­ment vers Dieu, ils se savaient regar­dés et aimés de Dieu et trou­vaient un sens à leur exis­tence sans avoir besoin de la jus­ti­fier arti­fi­ciel­le­ment ou vir­tuel­le­ment. Ils avaient cons­cience que la vie leur était donnée gra­tui­te­ment. Ils étaient, et cela suf­fi­sait à sus­ci­ter leur gra­ti­tude. Twitter et ces autres ins­tru­ments d’ « éternisation du moi » n’auraient sure­ment pas eu le même succès au Moyen Age car l’homme était déjà en lien avec l’Eternel ; le rythme des sai­sons, le tra­vail de la terre, les offi­ces reli­gieux… tout lui par­lait de Dieu.

Finalement cette uti­li­sa­tion fré­né­ti­que des réseaux sociaux, cet auto-affi­chage du moi n’est peut-être pas sim­ple­ment un symp­tôme de nar­cis­sisme mais l’expres­sion d’un mal être, d’une rup­ture entre le temps qui passe, le « Chronos », et l’éternité, le « Kairos ». Les hommes d’aujourd’hui ont grandi dans une société qui n’a pas pris en compte leur appé­tit d’éternité et leur recher­che spi­ri­tuelle, ils tra­dui­sent alors leur désir d’infini avec les moyens que la moder­nité laisse à leur dis­po­si­tion. Si il y eut un temps les plus assoif­fés recher­chaient l’absolu dans les monas­tè­res où ils dédiaient leur vie à l’union intime avec l’Eternel, aujourd’hui, sans le savoir, une large com­mu­nauté de mil­lions de fidè­les vir­tuels est à la recher­che de ce même hori­zon pré­ci­sé­ment là où au contraire, elle pense le nier, se sen­tant dans l’air du temps, au top de la moder­nité !

 

Sr Albane
 

Vu sur le blog Terre de Compassion.


Revenir au début