• 30 avril 2013
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Pérou : La maison de Thalía

La maison de Talia, Pérou 2013

De Sr Marie, en mis­sion au prieuré de Guayabo (Pérou) :

Anthony et Thalía ren­trent par­fois le week-end pour voir leur grand-mère. Ils devraient dormir dans l’autre mai­son­nette qui est juste à côté, celle de leur maman Lucila, mais ils n’osent pas. Lucila y est décé­dée, et cela leur rap­pelle trop de sou­ve­nirs dou­lou­reux. Mieux vaut s’entas­ser chez la grand-mère, et ne pas trop ravi­ver une plaie encore vive.
Toutefois notre cœur est fait pour rece­voir la vie en abon­dance, même à tra­vers de telles épreuves, et le Seigneur trouve bien des moyens pour nous faire faire les pas néces­sai­res.

Un petit groupe d’amis à qui nous avions demandé de donner leur sang pour Lucila s’est pris d’amitié pour les enfants, et les visite régu­liè­re­ment. Ils ont eu l’idée de refaire une mai­son­nette à la place de l’ancienne, pour Thalía  : une mai­son­nette pré­fa­bri­quée du style de celles qu’on voit sou­vent par ici, d’une pièce aussi, mais avec des murs sains, des fenê­tres pour lais­ser passer la lumière, et un toit plus sûr  : un soir de vent et de bruine, alors que je veillais Lucila, les tôles ondu­lées avaient com­mencé à s’envo­ler d’au dessus de nos têtes et c’est avec peine que je les avais remi­ses en place avec un bâton.
Petite col­lecte de fonds pour ras­sem­bler la somme, modeste, et un beau samedi voilà le groupe qui débar­que pour, le matin, mettre la vieille maison par terre et l’après midi, récep­tion­ner et monter la nou­velle  : une affaire de quatre heures tout au plus. Anthony, Thalía et Dina sont là. L’enthou­siasme sou­lève tout le monde et l’oeuvre va bon train. Mais Thalía fait une drôle de tête. Ces sou­ve­nirs qu’elle avait tant de peine à regar­der, voilà que main­te­nant elle doit s’en déta­cher, et cela lui coûte beau­coup. Son coeur se débat, indé­cis. Elle n’avait pas encore vrai­ment pris posi­tion face à cet événement qui a bou­le­versé sa vie  : soit elle dit oui vrai­ment, pro­fon­dé­ment, à la mort de sa mère, au point de l’inté­grer à toutes les fibres de sa propre vie en croyant que Dieu est pré­sent, l’accom­pa­gne, l’appelle à une vraie vie, soit elle reste atta­chée aux sou­ve­nirs et en reste là.
S’aper­ce­vant de ce qui se passe dans son coeur, Mónica, une des amies lui pro­pose d’aller avec elle ache­ter une bou­teille de soda et en pro­fite pour parler un petit peu. Au retour, Thalía et Anthony ser­vent un verre aux tra­vailleurs, se posent un peu, regar­dent. Les quel­ques meu­bles pré­cai­res – les deux lits, la table et la petite étagère en laniè­res de plas­ti­que -­ sont dehors, avec les sacs emplis de vieux vête­ments et la malle  ; c’est un débal­lage bien peu attrayant. Et au bout d’un moment, Thalía dit  : «  Dans cette maison, je ne vais mettre que des choses belles  ».
Toute la puis­sance de la Résurrection était conte­nue dans cette petite phrase si simple, en ce samedi de l’octave de Pâques  !


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