• 4 novembre 2014
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Paris : à la rencontre des roumains

Points-Coeur en Roumanie

De Sr Claire, en mis­sion à Paris :

La rue est aussi un lieu de ren­contres où je pour­rais passer des jour­nées entiè­res. La pré­sence de famil­les rou­mai­nes et tzi­ga­nes en quête d’une vie meilleure donne lieu à des échanges bou­le­ver­sants. Lorsqu’il y a exac­te­ment 20 ans, en octo­bre 1994, nous par­tions à quatre jeunes filles pour la fon­da­tion du Point-Cœur de Deva, en Roumanie, je ne savais pas que l’appren­tis­sage du rou­main m’allait être pré­cieux vingt années plus tard à Paris. Lorsque je croise ces femmes, murées dans la soli­tude de la men­di­cité et le silence de l’incom­pré­hen­sion de la langue, les quel­ques mots en rou­main que je bafoue éveillent dans leur regard une lueur qui me laisse devi­ner leur pensée : “Tu es des nôtres, tu peux me com­pren­dre”. Assise à côté de Maria, celle-ci me parle de sa famille restée en Roumanie, de son enfant malade, de son mari mort il y a quel­ques années. Je ne m’aper­çois pas que les gens nous regar­dent. Je suis cap­ti­vée par le visage de Maria qui me rap­pelle tant le visage de nos amis de Deva. Lorsque je fais mine de me lever pour partir, après une demi-heure, Maria me rétor­que : “Tu pars déjà ? Reste encore un peu.”

Nous nous engouf­frons dans le métro avec Anaïs. Nous mar­chons sur le quai et là, un grand-père assis, se lève d’un bond comme s’il nous atten­dait. Tenant un violon d’une main, il me salue en me fai­sant un baise-main, de même pour Anaïs. On ne peut s’y trom­per, il vient de ma belle Roumanie. Nous nous pré­sen­tons et c’est comme tout natu­rel pour lui que je lui parle rou­main ! Il est tout sou­rire et nous invite à monter dans le pre­mier wagon du métro qui arrive. Il se met à jouer sans nous quit­ter du regard. Il jubile ! Et nous avec lui ! Après deux sta­tions, après être passé auprès des gens, il nous fait signe de sauter dans l’autre wagon, avec lui. Et ainsi pen­dant tout le temps de notre trajet. Nous rions, il joue, le wagon ouvre ses portes, nous cou­rons der­rière lui, il joue à nou­veau, m’intro­dui­sant aux mélo­dies par le nom du com­po­si­teur ou le titre du mor­ceau : "Mozart, Brahms , la bohème...". Il me dit être sur cette ligne 10 toute la jour­née, si un jour je veux venir le retrou­ver. Nous des­cen­dons, les portes se refer­ment, "La reve­dere, Domnule, Dieu te bénisse".


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