• 20 septembre 2012
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Notre « Pietà », une statue de Pâques

Pietá © Paul Crochat, photo Marylouise McGraw

Pour le ving­tième anni­ver­saire de la fon­da­tion de l’Œuvre Points-Cœur – il y a de cela deux années – nous avons décidé d’édifier, en action de grâce, aux Etats-Unis, un petit shrine, abri­tant une « pietà », c’est-à-dire une statue du Christ mort remis à sa Mère. Ce shrine ne fut pas cons­truit sans mal : de nom­breux amis ont passé de nom­breu­ses heures à en creu­ser les fon­da­tions dans le rocher, à le conce­voir, à l’édifier, à sculp­ter la statue qu’il abrite, à net­toyer les alen­tours.

C’est dire que cette maison de prière ne peut pas être aban­don­née. On y a mis trop de temps, trop de cœur, trop de forces. Ce ne peut qu’être une maison vivante, une maison propre, une maison fleu­rie, une maison où l’on aime passer du temps parce que, de fait, c’est une maison habi­tée. Toujours habi­tée. La maison où nous sommes atten­dus. Toujours atten­dus. Je dirais plus encore : ce shrine est le trésor caché de notre pro­priété. On croit y venir pour de beaux arbres, du silence, un lac, une pro­me­nade en bateau, du ski, de bonnes tartes. On y vient pour une ren­contre, on y vient pour s’élever vers Dieu, on y vient pour dépo­ser le poids de notre vie, on y vient pour appren­dre à allé­ger le far­deau d’autrui, on y vient pour offrir notre action de grâce.

Pour décou­vrir ce shrine, il faut monter… Il est au bout d’un chemin de prière, d’une attente… On y arrive fati­gués. Mais on peut s’y arrê­ter lon­gue­ment. Et, là, regar­der : regar­der le visage de la Mère, si plein de ten­dresse, com­pren­dre le sens de la mort du Fils – une mort toute d’amour –, une mort de misé­ri­corde. Sur le haut de la col­line, per­sonne n’est jugé. Tous sont aimés. D’un amour qui permet de conti­nuer à vivre, d’aller jusqu’au bout de ses épreuves.

On pour­rait avoir peur devant cette statue. Elle semble celle de l’extrême souf­france : le Fils humi­lié, san­glant, mort, vient d’être remis à Sa mère. Comme au début, alors qu’il était le Petit de la crèche, Marie Le sou­tient dans ses bras, Elle retient Sa tête qui tombe, Elle l’offre au Père comme l’extrême Sacrifice du soir. « Tout est achevé ». Jamais l’Enfant n’a été aussi fra­gile, vul­né­ra­ble, pauvre. Il avait si soif en mou­rant. Le soldat lui a donné à boire. Mais il est mort et cepen­dant a soif encore.

Cette statue parle de Dieu. D’un Dieu qui donne son Fils pour que les hommes aient la vie. D’un Dieu qui va jusqu’au bout du sacrifice. D’un Dieu qui ne peut faire peur aux hommes.

Elle parle de la Vierge Marie. Depuis son pre­mier oui qui, déjà, contient tous les autres, elle n’a cessé d’être à côté du Christ. Parce qu’Il est vrai homme, il a besoin d’une vraie Mère, bien-aimée du Père, imma­cu­lée, fidèle. Il a besoin de pou­voir la regar­der, de la savoir là, comme elle a besoin de Le regar­der, de Le savoir là.

Mais Elle parle aussi de nous qui sommes mem­bres de son Fils, qui avons besoin d’être aidés, regar­dés, par­don­nés. Dieu a voulu nous épargner la souf­france d’être orphe­lins. Il a voulu que tous aient une Mère : tous les chré­tiens, mais aussi tous les hommes. Dans les moments d’épreuves par­ti­cu­liè­res, à chaque fois que nous sommes sur la croix, Elle est là. Il faut juste pren­dre un ins­tant pour la reconnaî­tre. Il faut juste lui dire notre amour, deman­der son aide.

C’est pour cela que nous sommes ici ce matin. Pour ne pas oublier que dans ce tor­rent de larmes, le sou­rire de Marie est notre réconfort. Il écrase tous les déses­poirs, il nous met en garde contre tous les che­mins sans issue, il nous empê­che de perdre du temps à des futi­li­tés. C’est que ce Fils qu’elle tient dans ses bras n’est pas mort, Il est désor­mais res­sus­cité. Et tous ceux qui accep­te­ront d’être pris dans Ses bras alors qu’on les des­cend de la croix ne mour­ront pas sans suivre le Fils dans la Résurrection.

Cette pietà, c’est donc la statue du Golgotha, mais plus encore la statue de Pâques. C’est la statue de la tota­lité de notre vie. L’obéis­sance du Fils, l’espé­rance d’une Mère, la puis­sance de l’Esprit ont accom­pli ce mira­cle de la régé­né­ra­tion du genre humain. Sous les yeux fati­gués de chaque homme, sous son cœur abîmé, comme sous la glace de l’hiver, sont les germes d’une vie nou­velle, prête à jaillir, dont nous venons nous réjouir aujourd’hui.

P. Thierry de Roucy

Vu dans Terre de Compassion le 15 sep­tem­bre 2012


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