• 5 octobre 2011
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Lucila

De gauche à droite : Sr Marie, Anthony, Lucila, Sr Pétronille, Dina et Sr Gabriel

Au Pérou, notre amie Lucila est repar­tie vers le Père lundi 26 sept à 7h, entou­rée de sa fille Thalia, Sr Eléonore et moi. Nous étions en train d’égrener le cha­pe­let aux pieds de son lit, et à n’en pas douter la Vierge Marie en a pro­fité pour venir la cher­cher.

Lucila avait 36 ans, ses deux enfants, Thalia et Anthony ont res­pec­ti­ve­ment 16 et 10 ans. Ces deux-là furent parmi les pre­miers que nous ayons connus en arri­vant a Guayabo il y a cinq ans. Au début Anthony se réfu­giait dans les bras de sa sœur dès qu’il nous voyait arri­ver ! Mais rapi­de­ment ses cris se sont trans­for­més en des "Fais-moi l’avion, Hermanita…" et c’est ensuite dans nos bras qu’il venait se blot­tir.

Il y a quel­ques mois, Lucila a su qu’elle avait un cancer de l’utérus. Non soigné, celui-ci a très vite évolué jusqu’à l’affai­blir au point de la lais­ser pros­trée dans son lit, sans aucun soin ni atten­tion. C’est en mars que nous l’avons décou­verte ainsi et que nous l’avons conduite aux urgen­ces. Après des heures d’attente et de combat avec l’admi­nis­tra­tion, le ver­dict est tombé : trois d’hémo­glo­bine, cancer en phase ter­mi­nale, quel­ques mois d’espé­rance de vie.

S’est alors mis en place un véri­ta­ble mou­ve­ment de com­pas­sion : deman­der des priè­res, trou­ver des dona­teurs de sang, des bien­fai­teurs finan­ciers, parler de notre amie à nos amis… La Providence s’est occu­pée de tout de façon si concrète et pré­cise que l’on ne peut que s’émerveiller de la Bonté du Père pour sa fille pro­di­gue. Lucila a pu rece­voir du sang chi­lien, argen­tin, espa­gnol, fran­çais et péru­vien, de quoi se remet­tre sur pied, au moins pour quel­ques semai­nes.

Mais nous devions aussi lui dire la vérité sur la gra­vité de son état. Elle même a fini par poser la ques­tion alors que je lui par­lais des sacre­ments : "Est-ce que je vais guérir ?" Les minu­tes qui ont suivi, ont été denses, à la fois de vérité, de sim­pli­cité et d’émotion. "Non, Lucila. A pré­sent tu dois te pré­pa­rer au Ciel, et pré­pa­rer tes enfants…" Ce furent des pleurs, des trem­ble­ments et des embras­sa­des…

Les semai­nes qui sui­vi­rent nous ont révélé une femme forte et tendre, pres­que gaie, pleine de gra­ti­tude pour notre pré­sence. Il y eut des moments où le Royaume était pal­pa­ble : l’onc­tion des mala­des qu’elle a reçue comme une enfant, après la confes­sion tant atten­due ; les séan­ces de tricot entou­rée de ses enfants ; le jour où les yeux brillants elle nous a offert les écharpes qu’elle nous avait tri­co­tées… Et d’autres moments ou la misère la plus grande ense­ve­lis­sait tout : seule dans sa masure, tordue de dou­leurs, comme oubliée de tous ses pro­ches, les enfants incontrô­la­bles, dans la rue à 10h du soir….

Les dix der­niers jours, son état s’aggra­vant, nous avons décidé en com­mu­nauté de nous relayer auprès d’elle. Présence jusqu’au bout, par­fois silen­cieuse, par­fois concrète pour lui faire les piqu­res de cal­mants, pré­sence tou­jours priante et émue devant le mys­tère de la Pâque… Moments d’inti­mité avec elle et sa famille. C’est durant ces jours qu’Anthony a été accueilli au foyer des Filles de la cha­rité. Décision dif­fi­cile mais dont les fruits aujourd’hui ne lais­sent pas de doute sur son bien-fondé, Anthony rayonne de bon­heur par l’amour et l’atten­tion que lui don­nent sœurs.

Le mira­cle de l’amitié fai­sait aussi son œuvre ; le diman­che Lucila reçut plu­sieurs fois la visite de nos amis de Lima : Monica, Javier, Irma, Sylvia… venus d’abord par amitié pour nous puis pour elle. Et puis ce fut aussi Isabelle, une amie de la paroisse, infir­mière, qui venait lui faire les piqu­res à 6h du matin et à 10h du soir…

Nous confie à votre à votre prière le repos de l’âme de Lucila, et le futur de ses enfants. Spécialement Thalia, bien seule, qui peine à se déci­der pour aller chez une de ses tantes ou dans un foyer de jeunes filles, prêt à l’accueillir.

Sr Gabriel

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