• 21 juin 2010
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Lettre apostolique SALVIFICI DOLORIS (§28-29)

Salvifici Doloris

LE BON SAMARITAIN

28. A l’Evangile de la souf­france appar­tient aussi — et d’une manière orga­ni­que — la para­bole du bon Samaritain. Dans cette para­bole, le Christ a voulu répon­dre à la ques­tion : « Qui est mon pro­chain ? ». En effet, des trois pas­sants sur la route de Jérusalem à Jéricho, au bord de laquelle un homme déva­lisé et blessé par des bri­gands gisait à terre à moitié mort, c’est pré­ci­sé­ment le Samaritain qui se montra en vérité être le "pro­chain" de ce mal­heu­reux : le « pro­chain » veut dire également celui qui a accom­pli le com­man­de­ment de l’amour du pro­chain. Deux autres voya­geurs par­cou­ru­rent la même route ; l’un était prêtre et l’autre lévite ; mais chacun d’eux, « le vit et passa outre ». Par contre, le Samaritain « le vit et fut pris de pitié. I1 s’appro­cha, banda ses plaies », puis « le mena à l’hôtel­le­rie et prit soin de lui ». Et, au moment de son départ, il recom­manda soi­gneu­se­ment à l’hôte­lier l’homme qui souf­frait et s’enga­gea à solder les dépen­ses néces­sai­res.

La para­bole du bon Samaritain appar­tient à l’Evangile de la souf­france. Elle indi­que, en effet, quelle doit être la rela­tion de chacun d’entre nous avec le pro­chain en état de souf­france. Il nous est inter­dit de « passer outre », avec indif­fé­rence, mais nous devons « nous arrê­ter » auprès de lui. Le bon Samaritain, c’est toute per­sonne qui s’arrête auprès de la souf­france d’un autre homme, quelle qu’elle soit. S’arrê­ter ainsi, cela n’est pas faire preuve de curio­sité mais de dis­po­ni­bi­lité. Celle-ci est comme une cer­taine dis­po­si­tion inté­rieure du coeur qui s’ouvre et qui est capa­ble d’émotion. Le bon Samaritain est toute per­sonne sen­si­ble à la souf­france d’autrui, la per­sonne qui « s’émeut » du mal­heur de son pro­chain. Si le Christ, sachant ce qu’il y a dans l’homme, sou­li­gne cette capa­cité émotive, c’est qu’il veut en mon­trer l’impor­tance dans nos com­por­te­ments face à la souf­france des autres. Il importe donc de déve­lop­per en soi cette sen­si­bi­lité du coeur, qui témoi­gne de notre com­pas­sion pour un être souf­frant. Parfois, cette com­pas­sion est la seule ou la prin­ci­pale expres­sion pos­si­ble de notre amour et de notre soli­da­rité avec ceux qui souf­frent.

Mais le bon Samaritain de la para­bole du Christ ne se contente pas seu­le­ment d’émotion et de com­pas­sion. Ces mou­ve­ments affec­tifs devien­nent pour lui un sti­mu­lant qui l’amène à agir concrè­te­ment et à porter secours à l’homme blessé. Tout homme qui porte secours à des souf­fran­ces, de quel­que nature qu’elles soient, est donc un bon Samaritain. Secours effi­cace, si pos­si­ble. Ce fai­sant, il y met tout son coeur, mais il n’épargne pas non plus les moyens d’ordre maté­riel. On peut même dire qu’il se donne lui-même, qu’il donne son propre « moi » en ouvrant ce « moi » à un autre. Nous tou­chons ici un des points clés de toute l’anthro­po­lo­gie chré­tienne. La per­sonne humaine ne peut « plei­ne­ment se reconnaî­tre que par le don désin­té­ressé d’elle-même ». Un bon Samaritain, c’est jus­te­ment l’homme capa­ble d’un tel don de soi.

29. En sui­vant la para­bole évangélique, on pour­rait dire que la souf­france, pré­sen­tant des visa­ges si divers à tra­vers le monde humain, s’y trouve également pour libé­rer dans l’homme ses capa­ci­tés d’aimer, très pré­ci­sé­ment ce don désin­té­ressé du propre « moi » au profit d’autrui, de ceux qui souf­frent. Le monde de la souf­france humaine ne cesse d’appe­ler, pour ainsi dire, un monde autre : celui de l’amour humain ; et cet amour désin­té­ressé, qui s’éveille dans le cœur de l’homme et se mani­feste dans ses actions, il le doit en un cer­tain sens à la souf­france. L’homme qui est le « pro­chain » ne peut passer avec indif­fé­rence devant la souf­france des autres, au nom de la loi fon­da­men­tale de la soli­da­rité humaine ; il le peut encore moins au nom de la loi d’amour du pro­chain. Il doit « s’arrê­ter », « avoir pitié », comme le fit le Samaritain de la para­bole évangélique. La para­bole en elle-même exprime une vérité pro­fon­dé­ment chré­tienne, mais en même temps une vérité humaine on ne peut plus uni­ver­selle. Ce n’est pas sans raison que, même dans le lan­gage cou­rant, on appelle oeuvre « de bon sama­ri­tain » toute acti­vité en faveur des per­son­nes qui souf­frent et ont besoin d’aide...

JOHANNES PAULUS PP. II

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