• 6 août 2010
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Les saints de Farragut, Brooklyn

Sr Régine et Linda, une amie de Farragut à laquelle nous portons la communion

Chaque samedi après-midi, nous nous ren­dons avec Albane dans une cité HLM appe­lée Farragut pour appor­ter la com­mu­nion aux parois­siens qui ne peu­vent plus se rendre à la messe du diman­che. Farragut est tris­te­ment réputé pour sa vio­lence en raison de la pré­sence de gangs mais aussi de la drogue et de l’alcool. Au milieu de ces jeunes qui ne sem­blent plus avoir d’ambi­tions pour l’avenir, de ces filles céli­ba­tai­res qui sont maman bien trop tôt, de per­son­nes seules et mala­des, il nous est donné de décou­vrir des visa­ges amis et j’ose le dire des figu­res de vrais saints.

Un visage qui m’habite beau­coup est celui d’Eva, une maman de quatre enfants et qui souf­fre de dia­bète et d’un asthme impor­tant avec sou­vent des com­pli­ca­tions liées à ces deux maux. Dès les pre­miè­res visi­tes, je fus frap­pée par cette femme si cou­ra­geuse, ne se plai­gnant guère de ce dont elle souf­fre et sachant plai­san­ter sur sa mala­die. Je fus aussi frap­pée par l’amour qui cir­cule entre les mem­bres de cette famille. Eva vit avec deux de ses enfants, dont l’une est mariée et a un enfant et avec sa demi-sœur. Chacun se montre très atten­tif aux besoins des uns et des autres. Un jour après la lec­ture de l’Evangile, Eva me confie avec beau­coup de pudeur que pen­dant pres­que dix-sept années, elle a vécu avec un mari vio­lent et qui la bat­tait elle et ses enfants. Elle était sou­vent obli­gée de mettre des man­ches lon­gues et des lunet­tes de soleil pour cacher les bleus et sans cesse inven­ter de nou­veaux men­son­ges, un jour en ren­trant du tra­vail, elle a retrouvé son fils aîné à moitié mort dans la bai­gnoire, etc. Lorsque son qua­trième enfant est né, elle a décidé de partir. Elle a pris ses quatre enfants et une valise et de Porto Rico s’est rendue à NY pour recom­men­cer à zéro. Sa demi-sœur Luisa se trou­vait déjà à NY et c’est elle qui les a accueillis et qui a aidé Eva à élever ses quatre enfants. Deux femmes avec un cou­rage incroya­ble mais aussi un cœur très grand. Récemment Luisa suite au décès de sa maman a connu des moments dif­fi­ci­les. Lors de l’une de mes visi­tes, Eva m’annonce très heu­reuse : "Sister, nous avons trouvé la solu­tion pour sortir Luisa de sa dépres­sion : nous allons nous pro­po­ser comme famille d’accueil." Et Luisa de ren­ché­rir : "Bien sûr nous n’avons pas grand-chose à leur donner, mais nous savons aimer et nous les aime­rons jusqu’au bout. Je sais que ce seront des enfants dif­fi­ci­les et per­tur­bés mais je suis prête à les éduquer et l’essen­tiel est de les aimer !" Je n’avais encore jamais entendu pareille solu­tion pour trai­ter la dépres­sion ! Et quand j’ai com­mencé à regar­der autour de moi et à réa­li­ser com­bien l’espace dont il dis­po­sait était déjà bien uti­lisé par la famille, je n’ai pu m’empê­cher de penser à cette excla­ma­tion du Christ : "Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux sages et aux intel­li­gents et de lavoir révélé aux tout-petits." (Mt 11, 25)

Sr Régine

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