• 3 mai 2011
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Les Neiges Bleues de Piotr Bednarski

Les Neiges bleues, de Piotr Bednarski

"Nous étions tou­jours affa­més, loque­teux, pleins de poux. La boule tondue à zéro, aux ciseaux et non à la ton­deuse, donc en mar­ches d’esca­lier, et nos têtes avaient l’appa­rence de pyra­mi­des mal bâties. Nous por­tions des culot­tes de cheval mili­tai­res, tou­jours trop gran­des, qui nous arri­vaient pres­que aux ais­sel­les. Chacun les ajus­tait tout seul et de son mieux selon ses besoins… L’impor­tant était que les jambes puis­sent bouger libre­ment et jouer à tout moment leur rôle…"

"Nous n’avions cons­cience ni de notre misère ni de la mort omni­pré­sente. C’était notre monde, notre réa­lité, notre quo­ti­dien. Nous n’avions rien connu d’autres ou alors nous l’avions oublié…"

"Nous n’avions que notre vie, cette petite flamme de ciel sur la terre, déli­cate et sub­tile, expo­sée au souf­fle d’une époque de fer."

Les « Neiges Bleues » rela­tent l’his­toire auto­bio­gra­phi­que de l’auteur, Piotr Bednarski, né en 1934 dans la Pologne enva­hie par l’armée russe en 1939. Déporté en Sibérie avec les siens, il sera le seul sur­vi­vant.

De sa mère, on ne connaît, ici, que le surnom, "Beauté", tant sa pré­sence ne laisse indif­fé­rent per­sonne jusqu’aux com­mu­nis­tes, les ren­dant, à cer­tains moments, plus humains ; au fil du récit, Petia nous intro­duit dans la vie de ceux qui l’entou­rent : Kosykh, le chef de la police, les enfants de la « com­pa­gnie », Kolia, l’orphe­lin à la recher­che du visage de ses parents, Sachka, un avia­teur mutilé, Pakhomius, le concierge de l’école et « fou de Dieu », grand-mère Anastasia qui ne mâche pas ses mots contre les bol­che­vi­ques, pépé Evtouchenko qui, tout en sculp­tant son cer­cueil, accueille tous ceux qui pas­sent pour bavar­der… Dans cet uni­vers hos­tile (le froid, la faim, la pau­vreté, le sys­tème com­mu­niste répres­sif), tout semble cons­pi­rer contre la dignité de chaque être humain, qu’il s’agisse des relé­gués, des « moins que rien » ou bien des com­mu­nis­tes eux-mêmes ; au milieu de tant de haine, de vio­lence et de souf­france, le regard d’un enfant nous fait per­ce­voir la pro­fon­deur et la gran­deur du cœur humain qui se mani­feste dans les joies sim­ples, l’amitié, l’amour, la com­pas­sion, la recher­che et la confiance en Dieu, le désir de la liberté.

La vie plus forte que la mort, l’amour plus vrai que la haine, voilà le mes­sage que, sans aucun doute, l’auteur ose nous par­ta­ger à tra­vers la bou­le­ver­sante his­toire de son enfance.

Sr Françoise-Thérèse

Vu sur le blog Points-Cœur Terre de Compassion


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