• 2 novembre 2011
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Le médicament en France... La réforme s’impose

Suite à l’affaire explo­sive du Médiator [1], en France, un rap­port effec­tué par les Professeurs Bernard Debré, Député de Paris, et Philippe Even, Président de l’Institut Necker, a été remis au Ministère de la santé en mars der­nier ; ce docu­ment établit un vaste pano­rama de la recher­che phar­ma­ceu­ti­que et dresse, sans ména­ge­ment, un état des lieux des plus alar­mants quant au fonc­tion­ne­ment actuel des ins­tan­ces admi­nis­tra­ti­ves char­gées de la sur­veillance des pro­duits de santé (AFSSAPS, HAS… [2]), et pro­pose une refonte totale du sys­tème. Un véri­ta­ble pavé dans la marre !

Dans son intro­duc­tion, le rap­port pré­cise : « … avec très pro­ba­ble­ment des cen­tai­nes de morts et des mil­liers de mala­des, l’affaire du Médiator est beau­coup plus qu’un acci­dent isolé… ». Comme le sti­pule ce docu­ment, il nous faut reve­nir à un contrôle plus sévère dans le sys­tème de phar­ma­co­vi­gi­lance comme cela avait lieu il y a quel­ques années où les experts étaient très exi­geants. La mise à jour des effets secondai­res d’un pro­duit et ses indi­ca­tions doi­vent être bien posées dès le départ et revues régu­liè­re­ment en fonc­tion de l’évolution du pro­duit et de la patho­lo­gie. Le Médiator fait partie des molé­cu­les peu, voire non acti­ves, com­mer­cia­li­sées alors qu’il pré­sen­tait le risque majeur de déclen­cher des mala­dies cardio-vas­cu­lai­res. Par quel che­mi­ne­ment, des méde­cins ont-ils pu être amenés à le pres­crire aussi pour des cures d’amai­gris­se­ment ? Le docu­ment met en cause, avec viru­lence, en pre­mier lieu la lour­deur des ins­tan­ces admi­nis­tra­ti­ves char­gées des auto­ri­sa­tions de la mise en vente et de la sur­veillance des pro­duits comme l’AFSSAPS, « employant 1000 per­son­nes » [3] et qui est un imbro­glio incom­pré­hen­si­ble de com­mis­sions et de conseils en tout genre ; un sys­tème cloi­sonné à outrance où les infor­ma­tions cir­cu­lent peu ou pas du tout et qui conduit à des aber­ra­tions : Alors qu’une com­mis­sion accepte « foule de médi­ca­ments inu­ti­les, l’autre (refuse) pres­que tou­jours de sus­pen­dre ou de reti­rer les médi­ca­ments même plus dan­ge­reux qu’utiles. » [4]

Devant le coût et la ren­ta­bi­lité des pro­duits, on assiste ces der­niè­res années dans l’indus­trie phar­ma­ceu­ti­que, à un regrou­pe­ment des labo­ra­toi­res pour des rai­sons économiques, com­mer­cia­les, voire pour faci­li­ter le coût de la recher­che elle-même. Des labo­ra­toi­res qui le peu­vent ont leur propre unité de recher­che. Certains achè­tent les nou­vel­les molé­cu­les à d’autres labo­ra­toi­res spé­cia­li­sés dans cette même recher­che. A partir d’une molé­cule ache­tée, à charge à l’acqué­reur de conti­nuer toutes les études néces­sai­res en double aveu­gle[Etude en double-aveu­gle : La véri­ta­ble molé­cule est admi­nis­trée à la moitié des patients contre un pla­cebo à l’autre moitié ; seuls les labo­ra­toi­res savent ce qui est donné et à qui, à l’insu des patients et de l’équipe soi­gnante.]], soit en milieu hos­pi­ta­lier, soit en consul­ta­tion, pour défi­nir l’objet du pro­duit et ses appli­ca­tions. Les effets secondai­res sont également l’objet de staffs dans les labo­ra­toi­res concer­nés qui les étudient et cher­chent à y remé­dier. Il faut plu­sieurs années avant qu’une mise en cir­cu­la­tion du pro­duit élaboré soit abor­dée en fonc­tion des indi­ca­tions, de tous les effets secondai­res qui auront été remar­qués et des moyens qu’on trouve pour y remé­dier ; cela dépend notam­ment de la durée du trai­te­ment étudié, du nombre de par­ti­ci­pants à l’essai… Dans une étude appro­fon­die sur la fameuse vac­ci­na­tion contre la grippe por­cine, le Docteur Marc Girard [5] dénonce la pres­sion abu­sive des pou­voirs publics, alors qu’aucune effi­ca­cité, même moin­dre, n’a encore été scien­ti­fi­que­ment prou­vée sur toutes les vac­ci­na­tions anti-grip­pa­les et que la pro­por­tion décla­rée des cas graves a été lar­ge­ment outran­cière. Tandis que des années sont néces­sai­res pour tous les tests de contrô­les requis, on peut se deman­der com­ment une simple garan­tie de quel­ques mois a suffi à élaborer ce vaccin ?

Le rap­port Debré-Even dénom­bre 4500 molé­cu­les en vente sur le marché fran­çais, dont « 560 molé­cu­les ori­gi­na­les sans inté­rêt » [6] : Comment en a-t-on pu en arri­ver là ? C’est le tra­vail de ces 30 der­niè­res années, après les « 40 glo­rieu­ses » de décou­verte des molé­cu­les majeu­res de 1945 à 1985, où le « lob­bying » poli­ti­que, le mar­ke­ting des firmes com­mer­cia­les jusqu’au men­songe par­fois a pris le pas sur la recher­che, met­tant sur le marché un cer­tains nombre de pro­duits moins impor­tants, pré­sen­tant par­fois des ris­ques graves, comme on a déjà pu le voir, à des fins pure­ment com­mer­cia­les. Certes la ren­ta­bi­lité finan­cière est néces­saire mais pas au détri­ment du bien des per­son­nes soi­gnées. Ce sys­tème a généré des com­por­te­ments avec, en par­ti­cu­lier, des abus de pres­crip­tions, notam­ment dans des patho­lo­gies cou­ran­tes.

Après un cons­tat d’échec fla­grant, le rap­port Debré-Even pro­pose un véri­ta­ble pro­gramme de réforme com­plète de tout le sys­tème admi­nis­tra­tif. Toutefois il est ques­tion que, même si le médi­ca­ment est le « bras armé de la méde­cine » [7] d’aujourd’hui, il n’est pas l’unique pra­ti­que de la méde­cine ; il faut appren­dre aux étudiants "à « démé­di­ca­men­ti­ser » la méde­cine" [8]. Le texte parle d’appren­dre « l’exer­cice d’une méde­cine humaine, per­son­na­li­sée, juste et sobre » [9] en sou­li­gnant l’impor­tance de l’accueil et de l’écoute atten­tive du patient en pre­nant en consi­dé­ra­tion tout ce qu’il est et non seu­le­ment ses symp­tô­mes. Par ailleurs, même si la néces­sité d’uti­li­ser des trai­te­ments médi­ca­men­teux est indé­nia­ble dans beau­coup de cas, il faut savoir pro­po­ser une alter­na­tive de pro­duits plus natu­rels qui sti­mu­lent les défen­ses immu­ni­tai­res du corps humain pour des mala­dies plus cou­ran­tes. De plus en plus de phar­ma­ciens déve­lop­pent l’aro­ma­thé­ra­pie qui devient une véri­ta­ble spé­cia­lité phar­ma­ceu­ti­que et qui n’a pas encore dit son der­nier mot.

 

Sr Françoise-Thérèse

Notes

[1] Médiator : Médicament donné aux diabétiques ayant entraîné de graves maladies cardiaques et le décès de beaucoup

[2] AFSSAPS : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé créée en 1998 ; HAS : Haute Autorité de Santé

[3] Rapport Debré Even, p. 39

[4] Idem, p. 40

[5] "Grippe porcine" : vacciner ou pas ? Dr Marc GIRARD Conseil en pharmacovigilance et pharmacoépidémiologie. Expert européen.

[6] Rapport Debré Even, p. 13

[7] Idem, p. 63

[8] Idem, p. 69

[9] Idem, p. 9

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