• 17 juin 2011
es fr

A voir : Le Gamin au vélo

Le gamin au vélo

Au fes­ti­val de Cannes, le Grand prix du jury a été attri­bué au film « Le Gamin au vélo » des frères Dardenne.

Cyril, bien­tôt douze ans, n’a qu’une idée en tête : retrou­ver son père qui l’a placé pro­vi­soi­re­ment dans un foyer pour enfants. Il ren­contre par hasard Samantha qui tient un salon de coif­fure et qui accepte de l’accueillir chez elle pen­dant les week-ends.
 Plongé dans une his­toire fami­liale, le spec­ta­teur entre dans la vie de Cyril. Les adul­tes qui l’entou­rent for­ment un tableau périlleux : les tra­vailleurs sociaux ten­tent de com­pren­dre, le père se déres­pon­sa­bi­lise, le jeune adulte exploite et menace. En résumé, négli­gence, mal­hon­nê­teté, indif­fé­rence, et profit : tout est là. Au milieu de ces adul­tes, appa­raît Samantha qui se laisse saisir par la souf­france de Cyril et pose sur lui un regard bien­veillant. Face à Cyril qui met toute son énergie à refu­ser la réa­lité, Samantha prend cons­cience du carac­tère unique de cet enfant et est amenée à poser des choix vrais, libres, plei­ne­ment humains. La souf­france de Cyril la dépasse, elle ne com­prend pas. Néanmoins, elle ose se lais­ser sur­pren­dre. Son atti­tude marque un pro­fond res­pect, elle vise plus à porter un regard accueillant sur Cyril, sur ce qu’il est. Elle est à la fois toute tendue vers lui et à la fois toute réser­vée. Elle garde cette dis­tance atten­tive et accueillante.
Le cinéma réa­liste des frères Dardenne nous entraîne dans cela et donne un ton unifié au film : tout est mis au ser­vice de cette juste dis­tance. En pre­mier lieu il y a l’alter­na­tive des plans : la caméra se fait par­fois proche et par­fois dis­tante. L’œil n’est pas agressé par trop d’intru­sion, trop d’images ou au contraire trop de plans vagues. De ces ombres et lumiè­res, jaillit une tona­lité nuan­cée, pré­cise et objec­tive.

L’uti­li­sa­tion de la musi­que est encore un coup de génie des frères Dardenne. Elle inter­vient sobre­ment aux moments où Cyril est par­ti­cu­liè­re­ment seul et elle dis­pa­raît comme un effleu­re­ment. Les quel­ques notes n’impo­sent pas, elles savent s’effa­cer pour lais­ser la place au face à face du spec­ta­teur et de l’acteur. La souf­france de Cyril est là mais sans voyeu­risme ni pitié. Sans intros­pec­tion, ni ana­lyse, Cyril est là avec son besoin d’être fils, c’est son cri. L’appro­che n’est ni psy­cho­lo­gi­que ni géné­ra­liste mais concrète et unique.

Dans la rela­tion Cyril-Samantha il n’y a pas d’effu­sion, pas de gran­des embras­sa­des, pas d’api­toie­ment. Tout est porté à entrer dans cette atti­tude éducative de res­pect et de dis­tance. On asso­cie trop sou­vent la notion de dis­tance à une notion néga­tive qui frôle l’indif­fé­rence. La manière dont fil­ment les frères Dardenne enno­blit cette image et lui redonne un nou­veau goût de bon et de vrai. L’atti­tude de Samantha parle de cette juste dis­tance néces­saire qui res­pecte l’alté­rité effec­tive dans l’amour.

 

Sr Anne
 

Vu sur le blog Terre de Compassion.

Découvrez la bande annonce :


Revenir au début