• 11 octobre 2011
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La marche de Buenos Aires

Sr Mariana, Sr Marie de Bethléem et Sr Milagros en pèlerinage à Lujan, septembre 2011

Bien avant que le soleil ne se lève, et même pen­dant toute la nuit, un bour­don­ne­ment sourd se fait enten­dre : la ville vit. Que veut donc dire ce mur­mure ? D’où vient-il ? Est-ce que ce sont les bruits des véhi­cu­les qui cir­cu­lent dans les rues déser­tes ? les voix des hommes et des femmes qui tra­vaillent la nuit ? ceux qui ont la rue comme « maison » et qui pei­nent, qui souf­frent et crient dans l’obs­cu­rité ? Ou est-ce la ville, elle même, qui crie sour­de­ment ?

Une amie nous disait récem­ment : "Cela fait plu­sieurs années que je vis à Buenos Aires et je me rends compte que je n’aime pas cette ville. Je ne l’aime pas. Je ne lui ai pas donné l’occa­sion de se mon­trer à moi, je ne l’ai pas lais­sée se dévoi­ler à moi. Est-ce cela qui m’empê­che de l’aimer ? Plus pro­fon­dé­ment, je vois que j’ai du mal à aimer la réa­lité qui m’est donnée de vivre. Est-ce peut-être là, la clé qui ouvre tout le reste ?" Cette der­nière phrase, était pro­non­cée comme une espé­rance, comme une lumière, comme une demande.

Une autre amie nous disait, quel­ques jours avant de perdre son fils unique mou­rant du sida : "Il me bat­tait lorsqu’il était en crise, il volait mes affai­res et les ven­dait pour s’ache­ter de la drogue, il m’a fait vivre un enfer et main­te­nant il se meurt à 42 ans. Il dan­sait avec moi le rock’n’roll et nous avons gagné des cham­pion­nats de danse ; mais il a pré­féré danser avec la drogue." Et elle finis­sait toutes ces phra­ses en disant, comme dans une prière : "Mais c’est mon fils…" Ses larmes cou­laient, dou­lou­reu­ses, mais elle conti­nuait à s’occu­per de son linge et à nous servir le mate. Elle était toute avec son fils et toute avec nous. Son être de mère était pro­fon­dé­ment uni à la dou­leur et à l’agonie de son fils et, en même temps, toute pré­sente a nous, qui la visi­tions.

Le pre­mier week-end d’octo­bre plus d’un mil­lion de per­son­nes, sur­tout des jeunes, ont marché pen­dant 70 km vers la basi­li­que dédiée à Notre-Dame de Lujan, patronne de l’Argentine. Depuis pres­que 40 ans les étudiants pro­po­sent ce pèle­ri­nage pour deman­der à la Vierge sa pro­tec­tion, son aide sur le chemin de la vie. Les pèle­rins par­tent à midi et arri­vent à Lujan le len­de­main à 7h du matin, pour assis­ter à la messe. La plus grosse partie de la marche se déroule, donc, de nuit. Cette nuit de marche est peu­plée aussi de bruits et de bour­don­ne­ments. Mais cette fois c’est dif­fé­rent. Les bruits sourds, incom­pré­hen­si­bles de la nuit, se retrou­vent comme éclairés. Ce mur­mure c’est le bour­don­ne­ment d’un peuple en marche, comme celui qui mar­chait der­rière Moïse au désert. C’est un peuple qui marche vers la lumière du Christ.

Les ques­tions, les pleurs de nos amis, mon incom­pré­hen­sion, se retrou­vent éclairés par cette réa­lité : nous sommes en marche. Il faut seu­le­ment que nous sachions regar­der Celui qui marche devant nous et qui est, aussi, le Chemin.

Sr Marie de Bethléem

La famille Points-Cœur de Buenos Aires en pèlerinage à Lujan, septembre 2011


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