• 31 décembre 2012
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La joie, c’est de revenir à Noël

© Jean-Marie Porté

Qui peut savoir ce qu’est Noël ? Un amour vaste comme le monde, un cœur grand comme celui de la Vierge Marie ne suffi­raient encore pas à rendre compte de la lar­geur, de la lon­gueur, de la pro­fon­deur du mys­tère des mys­tè­res…

Pour des yeux qu’épuisent la nuit et l’hor­reur et la haine, la joie c’est de reve­nir à Noël. Plus le regard s’y porte, plus l’événement semble nou­veau. Indispensable. Noël devient la sur­prise conti­nuelle, la sur­prise d’un trésor incal­cu­la­ble. Il n’est pas assez des yeux de toute une vie pour cir­cons­crire le mys­tère d’un amour éternel. Il faut nos yeux de cinq ans, de douze ans, de vingt ans, de cin­quante ans. Noël a besoin d’être vu avec les yeux de tout âge. Il faut notre cœur de céli­ba­taire, d’époux ou de prêtre, il faut notre bon­heur ou notre mal­heur, nos échecs ou nos réus­si­tes. Noël a besoin d’être perçu dans les cir­cons­tan­ces de toute une exis­tence.

C’est que Noël, c’est le plus grand choc de l’his­toire sur­venu de la façon la plus humble. Nul n’a causé plus grande révo­lu­tion dans un plus grand silence. La raison en est simple : Noël dit tout l’amour d’un Dieu amou­reux de l’homme. Un amour mêlé d’un res­pect infini qui s’efface devant l’orgueil de l’homme comme s’efface la silen­cieuse hostie devant la rumeur du monde.

Pour beau­coup l’événement de Noël est un événement de l’his­toire. Et qui dit de l’his­toire dit du passé. Et qui dit de l’his­toire loin­taine dit d’un passé loin­tain. Or Noël appar­tient au pré­sent. Ou plus exac­te­ment Noël appar­tient au passé, et au pré­sent et au futur. Il est né. Il naît. Il naîtra. Ce n’est pas un événement supra­his­to­ri­que qui rejoin­drait une huma­nité intem­po­relle – il n’y a pas d’huma­nité intem­po­relle –, c’est un événement actuel qui sur­vient dans l’inti­mité de tous ceux qui l’accueillent. C’est un événement qui accom­pa­gne les siè­cles parce qu’il accom­pa­gne l’his­toire de chaque homme. Les mys­tè­res ont ceci de par­ti­cu­lier que tou­jours ils se pro­lon­gent et s’accom­plis­sent dans l’his­toire de chacun. Ainsi le choc d’il y a vingt siè­cles, c’est tout autant le choc de main­te­nant qui bou­le­verse mon cœur.

De quoi s’agit-il ? Quelle est la nature de ce choc ? Il s’agit fina­le­ment d’un mariage – les événements déci­sifs ne sont-ils pas tou­jours des maria­ges ? –. L’infini a épousé le fini. La misé­ri­corde a épousé la misère. Plus incroya­ble, Dieu a épousé chaque homme. A tous de telles noces eus­sent semblé ini­ma­gi­na­bles. Celui pour qui rien n’est impos­si­ble les a déci­dées. Et encore : le Verbe de Dieu a épousé les mots si sou­vent vides des hommes pour révé­ler le visage de son Père. Il est devenu une chair vul­né­ra­ble. Il s’est fait cœur pour que l’homme com­prenne qu’Il est amour. Il fau­drait savoir ce qu’est Dieu et ce qu’est la matière pour com­pren­dre la folie d’un tel mariage… Il fau­drait avoir expé­ri­menté la puis­sance de Dieu et la fra­gi­lité de l’homme pour s’étonner comme il convient de ces noces si dis­pro­por­tion­nées. Il fau­drait… Il fau­drait… On réflé­chit sur les guer­res, sur les camps de concen­tra­tion, sur les pro­blè­mes économiques. Pour attein­dre le cœur du mys­tère, il fau­drait com­men­cer à réflé­chir sur Noël, même si c’est une réflexion iné­pui­sa­ble.

Vu dans le blog Terre de Compassion


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