• 20 juillet 2013
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La femme selon Edith Stein, 1º : L’art éducatif maternel

© Anaïs Guillerm

De 1928 à 1932, la phi­lo­so­phe Edith Stein – d’ori­gine juive mais conver­tie au catho­li­cisme – donne une série de confé­ren­ces sur le thème de la femme. D’une grande actua­lité, sa pensée scrute la nature fémi­nine, sa spé­ci­fi­cité, sa des­ti­na­tion, sa mis­sion propre, l’éducation à donner aux jeunes filles ; elle sou­lève également la ques­tion pro­fes­sion­nelle, la place de la femme dans l’Eglise, etc. « L’art éducatif mater­nel » est le titre d’une de ses confé­ren­ces donnée à Munich en 1932.

Dans la prime enfance

« Aucune force natu­relle ne peut se mesu­rer à l’influence de la mère quant à son impor­tance pour le carac­tère et pour la des­ti­née de l’être humain. »

"(…) même si l’enfant peut, par ailleurs, subir de graves pré­ju­di­ces, un amour mater­nel tota­le­ment pur et authen­ti­que trou­vera, dans la plu­part des cas, les moyens d’en venir à bout. Le lien entre la mère et l’enfant a quel­que chose de mys­té­rieux. L’enten­de­ment ne pourra jamais tout à fait com­pren­dre com­ment il se fait que le nouvel orga­nisme se forme dans l’orga­nisme mater­nel. Il est pareille­ment incom­pré­hen­si­ble, mais non moins un fait, qu’après la sépa­ra­tion de la mère et de l’enfant par le pro­ces­sus de la nais­sance, il demeure un lien invi­si­ble en vertu duquel la mère peut sentir ce dont l’enfant a besoin, ce qui le menace, ce qui se passe en lui, et en vertu duquel elle détient un esprit inven­tif mer­veilleux pour lui pro­cu­rer ce qui lui est néces­saire et pour écarter ce qui lui est nui­si­ble, ainsi qu’un dévoue­ment pou­vant aller jusqu’à braver la mort. Voilà pour­quoi elle est, au fond, irrem­pla­ça­ble, et un enfant auquel la mère est arra­chée ou dont la mère n’est pas une « vraie mère » ne pourra jamais s’épanouir comme un enfant qui gran­dit sous la pro­tec­tion de l’authen­ti­que amour mater­nel."

« Ce lien natu­rel est le fon­de­ment pre­mier et le plus impor­tant de cette mer­veilleuse auto­rité que nous attri­buons à l’influence de la mère. (…) Le devoir et la res­pon­sa­bi­lité de la mère résul­tent de son auto­rité. C’est d’elle plus que de n’importe quelle autre per­sonne que dépend ce qu’il advien­dra de son enfant, c’est-à-dire la façon dont son carac­tère se déve­lop­pera, et s’il sera heu­reux ou mal­heu­reux. Car ce n’est pas tant ce qui nous arrive du dehors que ce que nous sommes qui décide de notre bon­heur et de notre mal­heur. »

« La pre­mière obli­ga­tion qui en résulte pour la mère consiste en ce qu’elle doit être là pour son enfant (…). Si des rai­sons de santé ou une acti­vité pro­fes­sion­nelle l’empê­chent de pren­dre soin toute seule de son enfant, elle devra en pre­mier lieu, veiller à ce que le lien demeure ( »être là pour l’enfant" ne signi­fie pas du tout « être tou­jours avec lui ») (…)."

« L’amour authen­ti­que­ment mater­nel, dans lequel l’enfant s’épanouit comme les plan­tes à la douce cha­leur du soleil, sait que l’enfant n’est pas là pour la mère : ainsi, il n’est pas là comme un jouet pour meu­bler son temps vide, il n’est pas là pour assou­vir sa soif de ten­dresse, il n’est pas là pour satis­faire sa vanité ou son ambi­tion. L’enfant est une créa­ture de Dieu (…). Il incombe à la mère de se mettre au ser­vice de son épanouissement, de se mettre en silence à l’écoute de sa nature, de la lais­ser se déve­lop­per tran­quille­ment là où il n’est pas néces­saire d’inter­ve­nir, et d’inter­ve­nir là où il est néces­saire de conduire ou de réfré­ner. »

« L’éducation doit com­men­cer dès le pre­mier jour, c’est-à-dire l’éducation à la pro­preté et à la régu­la­rité, ainsi qu’un cer­tain endi­gue­ment des ins­tincts : si l’enfant reçoit les repas néces­sai­res à des heures très pré­ci­ses et abso­lu­ment rien en dehors, il s’y habi­tue, en effet, son orga­nisme s’adapte à cet ordre. Mais si l’on cède à ses désirs réels ou pré­su­més, on en fait, en revan­che, rapi­de­ment un petit tyran. L’accou­tu­mance régu­lière est donc en même temps un exer­cice pré­pa­ra­toire à l’obéis­sance et à l’ordre (…). »

"Autant il est néces­saire, d’un côté, de lais­ser de la liberté à l’enfant, afin qu’il puisse se mettre en action et s’épanouir confor­mé­ment à sa nature et à son stade de déve­lop­pe­ment, autant il est néces­saire qu’il sente au-dessus de lui une volonté ferme qui régit sa vie pour son bien. La nature enfan­tine a besoin d’être fer­me­ment conduite et le désire vive­ment au fond, même si, dans le cas par­ti­cu­lier, la volonté de l’éducateur contra­rie sou­vent les désirs enfan­tins, et même si l’ins­tinct de puis­sance, l’ins­tinct consis­tant à s’impo­ser, est inhé­rent à chaque être humain et tente de secouer le joug que cons­ti­tue la volonté d’autrui. (…) lors­que ses désirs, après un pre­mier refus, sont satis­faits suite à quel­que har­cè­le­ment, à quel­ques bou­de­ries et à quel­ques hur­le­ments, que des mena­ces ne sont pas mises à exé­cu­tion et que des ordres sont repris, alors il est vite le maître au foyer pour le cal­vaire de sa famille et sur­tout à son propre détri­ment. Il n’est pas, en effet, encore capa­ble de juger ce qui est bon pour lui et il obtient par la menace des choses qui, la plu­part du temps, ne lui sont aucu­ne­ment pro­fi­ta­bles. En outre, il gas­pille son énergie dans des réflexions et dans des déci­sions sur des affai­res qui devraient être réglées tout natu­rel­le­ment (par exem­ple, quand et ce qu’il doit manger, ce qu’il doit mettre, etc.), au lieu de l’employer dans le domaine qui, dans ces années-là, cons­ti­tue le champ le plus impor­tant pour son auto­no­mie, c’est-à-dire dans le jeu."

« Des parents très aimants peu­vent com­met­tre ces deux fautes, c’est-à-dire faire preuve d’auto­rité à mau­vais escient et accor­der la liberté à mau­vais escient (…). Ils veu­lent jouer avec l’enfant et donner, ce fai­sant, eux-mêmes le ton, alors que l’enfant joue de la façon la plus belle et la plus féconde lors­que c’est lui qui orga­nise entiè­re­ment le jeu. Ou bien ils le déran­gent au beau milieu du jeu, qui est – non seu­le­ment à son sens, mais aussi en toute objec­ti­vité – l’une des affai­res les plus impor­tan­tes de sa vie, parce qu’il y a de la visite et que l’objet de fierté de la famille doit être pré­senté ou dans n’importe quel autre but dont l’enfant ne peut com­pren­dre le carac­tère urgent. »

« (…) l’éducation dans son ensem­ble doit être étayée par un amour per­cep­ti­ble dans chaque mesure prise et n’engen­drant aucune crainte. Et le moyen éducatif le plus effi­cace n’est pas la parole qui ensei­gne, mais l’exem­ple vivant, sans lequel toutes les paro­les demeu­rent vaines. »

« Toute vie com­mu­nau­taire humaine est fondée sur la confiance et sur la déli­ca­tesse. Un enfant qui se sait pro­tégé par l’amour de sa mère, qui ne connaît rien d’autre que sa rela­tion entiè­re­ment fondée sur la sin­cé­rité avec cette der­nière, entre­tien­dra aussi avec autrui des rap­ports fondés sur la sin­cé­rité et sur la confiance tant que de mau­vai­ses expé­rien­ces ne l’auront pas fait recu­ler d’effroi, et, même s’il est déçu ici et là, il ne perdra point sa confiance dans les êtres humains tant que sub­sis­tera et ne sera point ébranlée la foi en cet être qui est pour lui le plus proche et le plus impor­tant. »

Sr Isabel
Article publié dans le blog Terre de Compassion


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