• 16 septembre 2013
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La compassion de Marie

© Ivanka Dymyd

Le 15 sep­tem­bre, nous fêtons Marie Mère de Compassion. Ces lignes du Père Thomas Dehau (1870-1956), domi­ni­cain, nous aident à nous appro­cher de ce mys­tère de Marie au pied de la Croix et à entrer à notre tour dans son atti­tude.

"La très sainte Vierge nous appa­raît dans la fête de ce jour comme ayant vis-à-vis de la croix l’atti­tude qu’il faut avoir, et que nous pre­nons d’ailleurs dif­fi­ci­le­ment. Cette atti­tude est expri­mée par deux mots de l’Evangile de saint Jean : stabat, juxta. Elle était tout près de la croix, et elle se tenait debout. Il faut d’abord se mettre tout près de la croix ; il ne faut pas faire comme les autres apô­tres qui étaient debout, mais loin…

Il y a deux sta­bant qui nous sont expri­més dans l’Evangile. Il y a celui de l’Evangile de saint Jean, qui est l’Evangile intime : sta­bant juxta. Il y avait tout près, tout près de la croix, Marie, Mère de Jésus, Marie Cléophas, Marie-Madeleine et le dis­ci­ple bien-aimé, c’est-à-dire les saints. Les autres évangélistes, qui sont peut-être un peu plus péri­phé­ri­ques que saint Jean, qui voient plutôt ce qui est plus facile à voir humai­ne­ment, ce qui est plus près de nos sens mais moins près de l’absolu, les autres evan­gé­lis­tes nous disent : sta­bant a longe. Il y en avait donc qui se tenaient debout, mais loin. C’étaient les autres apô­tres ; et c’était leur mal­heur de se tenir loin…

Il faut les deux : il faut se tenir tout près de la croix, et il faut être debout. Debout, parce que c’est l’atti­tude du cou­rage et parce qu’on est ainsi plus près de Notre-Seigneur. Si vous étiez près de la croix sans être debout, affais­sés, par exem­ple, dépri­més, vous seriez près de la croix elle-même, près du pied de la croix ; mais vous seriez beau­coup plus loin de Notre-Seigneur qui ne touche pas terre, plus loin de son cœur divin. Comme il s’agit sur­tout d’être près de Notre-Seigneur et même comme nous ne vou­lons être près de la croix que pour être près de Lui, alors néces­sai­re­ment il faut être debout.

C’est très dif­fi­cile d’unir ces deux choses. Ce n’est pas très dif­fi­cile d’être debout loin de la croix, comme les autres apô­tres. Rester debout quand on consi­dère de loin ces choses, quand on ne s’appro­che pas trop, cela peut aller. De même, il y en a qui sont près de la croix, soit qu’ils la cher­chent, soit que Dieu leur fasse une sainte vio­lence. Seulement ils sont pour ainsi dire trop près de la croix pour se tenir debout ; ils ne peu­vent pas sup­por­ter ce voi­si­nage et sur­tout ce contact ter­ri­ble. Le juxta nuit au stabat. Ils sont là, trop près de la terre et dans la mesure où ils sont dépri­més, où tout s’abaisse en eux, ils ne sont pas assez près de Notre-Seigneur. C’est pour­quoi de grands théo­lo­giens s’insur­gent si énergiquement contre les pein­tres qui, repré­sen­tent la très sainte Vierge pâmée au pied de la Croix ou ayant besoin d’être sou­te­nue par l’un ou l’autre. Ils disent : non, c’est impos­si­ble. Parce que la très sainte Vierge aurait été ainsi un peu moins près de Notre-Seigneur ; elle aurait perdu ne fut-ce que quel­ques cen­ti­mè­tres de cette proxi­mité. Et elle ne l’aurait jamais accepté ! C’est d’ailleurs contre la parole de l’Ecriture qui nous dit que la mère de Jésus se tenait debout : stabat.

Dans le stabat, cette prose admi­ra­ble qui est celle de ce jour, où toutes les choses sont si mer­veilleu­se­ment expri­mées, remar­quez qu’on demande pré­ci­sé­ment à se tenir debout, au pied de la croix. Et on indi­que le moyen, le seul pour le chré­tien. Le seul, c’est d’être avec la Sainte Vierge : Juxta crucem tecum stare.
Me tenir là, debout près de la croix avec vous, ô Marie !
Trois mots : stabat juxta (ce sont les mots de saint Jean) et tecum (c’est le mot glissé entre les deux autres par la sainte litur­gie). Jamais vous ne saurez unir ces deux choses : être tout près de la croix et être debout, si ce n’est avec Marie et en Marie. Certains héré­ti­ques ont voulu rester tout près de la croix sans la très sainte Vierge, et ils n’y sont pas restés long­temps, je vous prie de le croire !… On ne le peut que par elle et en elle. Personne ne le peut autre­ment. La croix est trop ter­ri­ble. (…)

(…) Rappelons-nous ces deux mots d’aujourd’hui : stabat Mater. Ces deux mots sont unis de la façon la plus intime. Elle était debout parce qu’elle était mère, mère de ce Jésus qui mou­rait et notre mère à nous. Elle était debout pour être le trait d’union entre ces deux mater­ni­tés. Sa tête et son cœur étaient si haut, pré­ci­sé­ment, pour être tout près de son Fils ; et ses pieds tou­chaient notre terre pour être tout près de nous qui sommes aussi ses enfants.

Alors contem­plant tout cela vous com­pren­drez pour­quoi les deux stabat de Jésus et de Marie, pour­quoi ces deux stabat qui n’en font qu’un appel­lent le ecce mater tua : voilà ta mère…
(…) elle est debout parce qu’elle est mère, et cette mère-là est néces­sai­re­ment debout. Alors Jésus peut dire : « Voilà ta mère » et Marie peut dire : « J’atti­re­rai tout à moi comme mère… ». (…)"

Père Thomas Dehau
Article paru dans le blog Terre de Compassion


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