• 20 octobre 2011
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L’art de vivre Vittoz

Docteur Roger Vittoz

Alors que nous fêtons cette année le cen­te­naire de la publi­ca­tion de la « méthode Vittoz » par le Docteur Roger Vittoz, nous avons ren­contré Roselyne D., pra­ti­cienne et membre de l’asso­cia­tion Roger Vittoz (ARV). Elle a répondu à nos ques­tions :

Qu’est-ce que la « méthode Vittoz » ?

La méthode Vittoz est une thé­ra­pie psy­cho­sen­so­rielle fondée par le Docteur Roger Vittoz au début du 20ème siècle. Elle s’appuie sur la per­cep­tion sen­so­rielle et le déve­lop­pe­ment de la cons­cience. Cette méthode vise la réé­du­ca­tion du contrôle céré­bral par l’équilibre entre les deux fonc­tions essen­tiel­les du cer­veau, la « récep­ti­vité » (par les sens) et « l’émissivité » (par la pensée). En Vittoz, quoi­que je fasse, éplucher une carotte, rêver ou danser, rien de moi ne reste à l’écart. A notre époque, l’acti­vité men­tale est exces­si­ve­ment déve­lop­pée ; on sait bien penser, ana­ly­ser mais on accorde trop peu de place au res­senti cor­po­rel et émotionnel qui ouvre pour­tant à la connais­sance de soi au contact du réel. En Vittoz, la per­sonne est consi­dé­rée dans sa glo­ba­lité et le tra­vail sur soi s’adresse à tous les niveaux de la per­sonne, cor­po­rel, moral, intel­lec­tuel et spi­ri­tuel. Il aide la per­sonne à trou­ver ou for­ti­fier son « UNITE ».

A qui cette méthode s’adresse-t-elle et quel béné­fice peut-on en atten­dre ?

Elle s’adresse à tout public en quête d’une meilleure connais­sance de soi pour vivre mieux en déployant toutes ses poten­tia­li­tés. Des méde­cins ou psy­chia­tres peu­vent nous adres­ser des patients pour un tra­vail psy­cho­sen­so­riel en com­plé­ment des trai­te­ments médi­ca­men­teux. Les famil­les sont aussi en attente d’aide à leurs enfants en dif­fi­culté sco­laire, en par­ti­cu­lier au niveau de la concen­tra­tion. Le tra­vail Vittoz permet de réins­tal­ler un fonc­tion­ne­ment posi­tif, dit « cir­cuit de la récom­pense ou de la réus­site » chez des per­son­nes en situa­tion d’échec ou dépres­si­ves.

Comme cette méthode tra­vaille sur le cons­cient, le patient peut être acteur de sa thé­ra­pie. Le succès de sa thé­ra­pie requiert donc le désir et la volonté de la per­sonne de guérir. Entre le thé­ra­peute et le patient se tisse une alliance, dite « thé­ra­peu­ti­que ». De la qua­lité de cette alliance dépend aussi le pro­grès du patient. C’est une thé­ra­pie très forte dans les pos­si­bles et à la fois très douce parce qu’elle prend le patient où il en est. On avance ensem­ble pas à pas. La clé est dans le regard que le thé­ra­peute porte sur le patient à qui il fait confiance et qu’il consi­dère capa­ble de réus­site.

Vous parlez d’accom­pa­gne­ment, peut-on aussi parler de com­pas­sion ?

Dans cette alliance, le thé­ra­peute accom­pa­gne le patient, dans sa pro­gres­sion per­son­nelle ou dans sa souf­france, avec ce qu’il est et avec ses com­pé­ten­ces. L’accueil et la com­pas­sion font partie inté­grante de l’accom­pa­gne­ment du thé­ra­peute face à la souf­france de son patient. C’est avec com­pas­sion que le thé­ra­peute va aider le patient à tra­ver­ser sa souf­france. Notre tra­vail vise à per­met­tre au patient, s’il est touché ou atteint par sa souf­france, de ne pas en être entamé ou détruit. En Vittoz, le thé­ra­peute com­mence par aider le patient à accueillir sa souf­france et à s’accueillir avec toutes ses émotions et ses res­sen­tis. C’est avec toute son his­toire et toute sa per­sonne que le patient va che­mi­ner pour adhé­rer au réel avec plus de cons­cience et de contrôle. Ne cher­chant pas d’abord à évacuer la souf­france mais à ins­tal­ler pro­gres­si­ve­ment une dis­tance qui lui per­mette de vivre avec. Le Dr Vittoz disait « Veuillez tout ce qui vous arrive ». C’est-à-dire, ne cher­chez pas à lutter contre mais adhé­rez, autant que pos­si­ble, à ce que vous ne pouvez pas chan­ger. Rien que cela ins­talle un début de paix. Un patient peut ainsi essayer de récu­pé­rer un art de vivre, une volonté de vivre mieux y com­pris avec sa souf­france.

Vous parlez d’adhé­sion, de connexion avec le réel, qu’est-ce qui aujourd’hui nous déconnecte du réel ?

C’est toute la sol­li­ci­ta­tion du monde moderne à satis­faire des besoins arti­fi­ciels, non essen­tiels à la vie. Car aujourd’hui, beau­coup des exi­gen­ces pour vivre et pour réus­sir sa vie sont de l’ordre du mental, parce qu’elles se sont peu à peu déconnec­tées des besoins pro­pre­ment exis­ten­tiels, de la simple réa­lité phy­si­que. Dans l’incons­cient social, le prin­ci­pal réfé­rent que nous avons, c’est la réus­site intel­lec­tuelle : il faut d’abord être le pre­mier à l’école, puis c’est la réus­site pro­fes­sion­nelle. Aujourd’hui on est étonné de la joie que peut avoir un fleu­riste à refaire les gestes ances­traux de son père, à suivre les sai­sons et à se sentir heu­reux de choses si sim­ples… On est sur­pris alors que ce devrait être le quo­ti­dien ! Dans toutes ces sol­li­ci­ta­tions, il y fina­le­ment beau­coup d’arti­fice, de vir­tuel...

Aujourd’hui, la ten­dance est plutôt à « cons­truire sa vie », le Dr Vittoz parle de « récep­ti­vité », de « rece­voir la vie » ? Pourquoi et com­ment ?

La « récep­ti­vité », c’est se sentir exis­ter. Sentir est aussi néces­saire à l’être que penser. Le Dr Vittoz rejoint la convic­tion d’Aristote : « Rien n’arrive à l’intel­li­gence qui ne passe par les sens ». La méthode Vittoz permet de réé­du­quer les cinq sens à rece­voir la réa­lité telle qu’elle est, sans juge­ment, sim­ple­ment, « comme l’enfant au réveil » : Je vois cet arbre, ce visage, etc. tels qu’ils sont, sans juge­ment. La récep­ti­vité, c’est ce que mes yeux voient, ce que mes oreilles enten­dent, ce que mon nez sent, ce que ma bouche goûte, c’est tout ce qui m’aide à sentir le réel. Cela veut dire que je laisse venir la réa­lité. Le Dr Vittoz disait qu’on peut guérir quelqu’un rien que par la récep­ti­vité. « La récep­ti­vité c’est tout ! » parce que c’est la vie... De même au niveau des émotions, pour appren­dre à accueillir les émotions, il faut rou­vrir le canal des sens.

Vous dîtes « Veuillez tout ce qui vous arrive. » Comment peut-on appren­dre à se servir de notre la volonté ?

La méthode Vittoz aide à reconnaî­tre la volonté comme une faculté que l’on pos­sède mais qu’on ne sait plus mettre en œuvre. L’éducation de la volonté passe par l’appren­tis­sage à choi­sir, éliminer ou mettre à dis­tance. Apprendre à choi­sir est extrê­me­ment impor­tant, il faut savoir s’écouter suf­fi­sam­ment pour pren­dre une déci­sion juste pour soi. L’appren­tis­sage de la volonté se fait par la répé­ti­tion des exer­ci­ces vécus en séance. En tra­vaillant sur l’ins­tant pré­sent nous aidons le patient à rester connecté au réel. Pour les per­son­nes qui vont très mal, l’ins­tant pré­sent les pré­serve de la pani­que de tout ce qui est devant elles et qu’elles pen­sent ne pas pou­voir faire et de tout ce qui est der­rière et qu’elles pen­sent peut-être avoir mal fait.

En quoi la méthode Vittoz, aujourd’hui cen­te­naire, répond-elle à un besoin par­ti­cu­lier de notre société ?

Aujourd’hui, les prin­ci­paux méfaits du déve­lop­pe­ment hyper-céré­bral, hyper-vir­tuel, sont la déstruc­tu­ra­tion de la per­sonne et la perte de la sen­sa­tion d’exis­ter, si ce n’est par l’autre, par les atten­tes et les exi­gen­ces des autres ou encore par leur fonc­tion ou leur métier. Alors dans des événements graves ou des cir­cons­tan­ces dif­fi­ci­les, elles ne savent plus ni qui elles sont ni où elles en sont. La méthode Vittoz peut aider la per­sonne, par le canal des sens, à retrou­ver son iden­tité propre à tous les niveaux, cor­po­rel, émotionnel et mental. « Toute entière dans mon action sans rien de moi à l’écart », y com­pris les aspi­ra­tions essen­tiel­les de l’homme, le désir du beau, du grand, de quel­que chose qui nous dépasse.

La cons­cience de sa propre iden­tité – JE – permet à la per­sonne d’accueillir l’autre – TU – dans son iden­tité propre et de se posi­tion­ner, dans leur rela­tion, chacun à sa juste place. Il y a une dis­tance à res­pec­ter. L’autre est l’autre, il n’est pas moi. Par exem­ple, dans une fra­trie, l’aîné n’est pas le der­nier ! ou dans une famille, le père n’est pas le copain de sa fille ! On apprend ainsi à « défu­sion­ner », à res­pec­ter la liberté de l’autre. Je n’ai pas à vivre sa vie à la place de l’autre, il y a une partie qui lui appar­tient et qu’il a la liberté d’accom­plir ou pas. Cette cons­cience de la dis­tance est très béné­fi­que dans les rela­tions et paci­fiante.

La méthode Vittoz pro­pose de déve­lop­per en soi une atti­tude plus Simple, plus Souple et plus Sincère (les 3 « S » de Vittoz), pour vivre plus authen­ti­que­ment face à la réa­lité, à l’autre ou à soi-même. Une atti­tude qui n’est mal­heu­reu­se­ment plus natu­relle et que nous avons à réap­pren­dre. Nos ancê­tres l’avaient en eux, grâce à une vie plus proche des besoins natu­rels et essen­tiels et donc moins arti­fi­ciels qu’aujourd’hui. La méthode Vittoz est un art de vivre, elle tra­vaille à un retour de l’être à son huma­nité authen­ti­que, à ce qu’il est vrai­ment…

Pour plus d’infor­ma­tions : www.the­ra­pie-vittoz.org

Vu sur le blog Terre de Compassion.


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