• 17 décembre 2011
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Intouchables, un film d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Affiche du film « Intouchables »

Comment expli­quer le succès d’une comé­die qui pour­rait ne res­sem­bler, à écouter cer­tai­nes cri­ti­ques, qu’à une suite de cli­chés ou de sté­réo­ty­pes savam­ment mis en scène afin d’émouvoir le spec­ta­teur, voire même un film raciste ?

Cette his­toire d’amitié qui réus­sit en quel­ques semai­nes à mobi­li­ser treize mil­lions de per­son­nes de tous bords, de tous âges, des cen­tres villes jusqu’aux ban­lieues confon­dus, mérite que l’on pose sur elle un regard atten­tif, qu’on la scrute.

Bien que basée sur une his­toire réelle, atta­chons-nous à la Comédie sortie le 2 novem­bre der­nier. Qu’a t-elle à nous dire ?

Deux hommes que tout sépare et dont l’uni­vers ne pour­rait être plus opposé l’un de l’autre vont se lier d’amitié. Ce qui permet cette ren­contre est leur atti­tude de fond. Malgré les inté­rêts basi­ques qui les pous­sent à se lancer dans un contrat d’embau­che, ils s’abor­dent l’un et l’autre sans pré­ju­gés.

Driss, qui venait cher­cher un refus, avec à la clé une signa­ture lui per­met­tant de tou­cher les Assedic se retrouve embau­ché malgré lui. Il n’a rien à perdre et il se laisse guider par cet homme qui souf­fre. Lui qui sort de prison va se rendre dis­po­ni­ble et lais­ser le meilleur sortir de lui-même, assez sim­ple­ment, assez natu­rel­le­ment. Il est vif, par­fois borné, il a ses limi­tes, mais il va savoir répon­dre d’ins­tinct à ce qui manque à Philippe. Une pré­sence qui lui apporte cet oxy­gène qui lui manque la nuit, un être libre qui le suit, qui pres­sent ses besoins, qui lui redonne la joie et qui le traite comme un homme. Jusqu’à deve­nir cet ami qui se pas­sionne pour son bon­heur en orga­ni­sant la ren­contre avec sa « rela­tion épistolaire ».

Philippe, lui a tout perdu. Brillant aris­to­crate, éduqué à « pisser sur le monde » [1] se retrouve du jour au len­de­main tota­le­ment dépen­dant des autres, vul­né­ra­ble et pro­fon­dé­ment seul malgré son entou­rage nom­breux. Il s’ouvre à Driss de l’amour qu’il a par­tagé avec sa femme, main­te­nant décé­dée. Bien plus que la dimi­nu­tion et les souf­fran­ces que son état de tétra­plé­gi­que pro­vo­que, il confie : "Mon vrai han­di­cap, ce n’est pas d’être en fau­teuil, c’est d’être sans elle." [2]

Ce moment est un des moments clé du film où l’on devine que l’homme en fau­teuil ne s’adresse plus à son auxi­liaire de vie mais à son ami. Celui qui écoute est sim­ple­ment là, il recueille sa dou­leur, l’accom­pa­gne, il lui offre une pré­sence, une amitié vraie et lui aussi est sauvé par cet homme qui l’éduque, pres­que à son insu. "Maintenant que vous avez passé le cap et que vous êtes embau­ché vous allez me rendre l’œuf de Fabergé que vous m’avez volé…" [3] Sa pre­mière réac­tion est de nier, mais il le rendra, une fois retrouvé.

Comme le dit Omar Sy, l’acteur qui incarne le per­son­nage de Driss, dans une [4] "chacun a un bon regard sur l’autre, c’est ce qui le tire vers le haut", et de conti­nuer "c’est aussi comme ça que François Cluzet m’a regardé durant le tour­nage et c’est ce qui m’a permis d’y aller libre­ment et d’avoir confiance."

Ces deux hommes se sau­vent mutuel­le­ment et c’est ce qui les rend « Intouchables ». Ils sont à l’abri d’être tou­chés par une quel­conque idéo­lo­gie car l’idéo­lo­gie n’a pas de prise sur l’amitié et l’amour vrais.

On peut bien sûr poin­ter le doigt sur des limi­tes ou des points néga­tifs, mais ce n’est pas pour ces rai­sons que l’on va voir un film. Quelque chose de vrai et de bon parle au cœur à tra­vers ces « Intouchables ». Rien de plus tan­gi­ble.

Sr Agnès
Vu sur le Blog Terre de Compassion

Notes

[1] Extrait d’un dialogue entre Philippe et Driss, scène de la brasserie au petit matin, après la première crise d’étouffement de Philippe.

[2] Idem

[3] Idem

[4] Emission « On n’est pas couchés » de Laurent Ruquier, 31 octobre 2011.

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