• 14 septembre 2012
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Hyères : « Elle me confie son coeur à recoller »

Je vou­drais vous confier notre amie Mauricette, une femme étonnante, qui vit seule à Hyères.

Du fond de sa mala­die, Mauricette me fait penser à un pro­phète des temps moder­nes et par­ti­cu­liè­re­ment un pro­phète de la Présence et de la Compassion. C’est une femme très dis­tin­guée, qui a une allure et une classe remar­qua­bles malgré une démar­che hési­tante et une élocution rendue dif­fi­cile.
Lorsqu’elle s’appro­che de l’une de nous à la fin de la messe, elle nous lance comme un cri : « Vous pour­riez passer me voir cet après-midi, je suis en crise reli­gieuse ! ». Sa demande n’est pas pour le len­de­main ni pour plus tard, c’est tou­jours pour « cet après-midi ». De fait, elle s’inquiète des fluc­tua­tions de sa foi qui semble tou­jours lui échapper, car « je suis allée à la plage cet été, pas à la messe » ou qui s’évanouit car les « cathos sont trop froids ».
Il est cer­tain qu’une partie de son psy­chisme est dans la confu­sion, mais pour­tant, elle a des illu­mi­na­tions du cœur assez frap­pan­tes. Alors que j’étais allée lui rendre visite elle me lance : « Pourquoi est-ce que tu viens perdre deux heures avec moi ? » Je lui réponds que c’est bon de passer du temps avec des amis, ce qui me vaut un regard et un sou­rire silen­cieux d’où jaillis­sent un « c’est vrai », suivi d’un « je suis très seule, je crois que je n’attire pas les gens. » Silence.
Pourtant auprès d’elle, il fait bon être, il fait bon rire, parler de choses pro­fon­des, puis de tout et de rien.

Elle m’expli­que ensuite que pour pou­voir mar­cher un peu en ville en étant sou­te­nue, elle a trouvé une jeune femme qui moyen­nant finan­ces lui sert d’accom­pa­gna­trice. « Tu sais, par­fois je suis fati­guée, mais elle élève seule sa fille alors j’y vais, je ne veux pas la lais­ser tomber ». Il est vrai qu’auprès d’elle je me suis par­fois demandé qui aidait qui ?
Puis sou­dain elle se sou­vient qu’elle a confec­tionné une croix en plâtre qui s’est brisé : « Est-ce que tu pour­rais la recol­ler ? ». En la quit­tant, petite croix peinte cassée en main, je me dis que c’est avec la même sim­pli­cité qu’elle me confie son cœur à recol­ler, sa vie, ses sou­ve­nirs, sa famille éparse, les aspi­ra­tions qu’elle porte et qui s’entre­cho­quent en elle : « Je vou­drais faire quel­que chose de ma vie, aider les gens, mais je suis seule … ».

Sr Agnès

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