• 19 avril 2009
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Homélie pour les engagements définitifs de Soeur Myriam.

Sr Agnès, Sr Gabriel, Sr Myriam et Père Thierry

Fazenda do Natal (Brésil), le 19 avril 2009

Sœur Myriam, frères et sœurs bien aimés,

En pleine nuit il y a quel­que huit jours, toute l’Eglise criait, avec une immense joie : ·"Il est res­sus­cité !". Le Christ n’est plus au tom­beau, Il est plei­ne­ment res­sus­cité, Il a vaincu la mort, Il a vaincu le péché, Il est désor­mais vivant. C’est la grande nou­velle, c’est La nou­velle par excel­lence ! Le Christ n’est pas mort, Il est vivant, Il est pré­sent. Au jour de Pâques, à l’aube, Marie-Madeleine a couru vers le tom­beau : il était vide, la pierre avait été roulée. A sa suite et à son appel, Pierre et Jean se met­tent eux aussi à courir vers le tom­beau, et que voient-ils ? Un tom­beau vide ! Et ce même Jésus va ren­contrer les dis­ci­ples qui sont sur le chemin d’Emmaüs, Il va ren­contrer tous les autres dis­ci­ples réunis, il va ren­contrer Thomas qui n’était pas là lors de la pre­mière ren­contre de Jésus avec tous les siens. Les dis­ci­ples vont pou­voir L’enten­dre parler, ils vont pou­voir manger avec Lui, Thomas va pou­voir même enfon­cer son doigt dans Son côté. Les dis­ci­ples qui étaient comme perdus, plon­gés dans une peur immense sont sou­dain immen­sé­ment sou­la­gés : si le Seigneur revit, eux revi­vent encore davan­tage. Ils voient bien qu’Il est le même mais à la fois plus comme avant ! Et eux-mêmes sont les mêmes, mais à la fois plus comme avant : c’est comme s’ils par­ti­ci­paient déjà de la Résurrection du Christ. Comme nous l’avons entendu dans le livre des Apôtres, voilà qu’ils sont fidèles à la prière, ils sont capa­bles de mettre leurs biens en commun, ils sont capa­bles de subir beau­coup d’humi­lia­tions dans la joie, ils sont capa­bles d’endu­rer bien des souf­fran­ces sans se plain­dre. C’est que le Christ est pré­sent à leurs côtés, c’est que le Christ est vivant dans leur cœur, c’est qu’ils savent qu’ils ne seront plus jamais seuls, et qu’avec Lui, le Ressuscité, tout devient pos­si­ble ! Et aujourd’hui nous célé­brons un de ces pos­si­bles de la vie avec le Christ res­sus­cité, nous célé­brons le mys­tère de la vie consa­crée.

Celui à qui Sœur Myriam répond aujourd’hui n’est pas un fan­tôme, ce n’est pas le fruit de son ima­gi­na­tion, elle n’a pas entendu son appel seu­le­ment dans un songe : elle a réel­le­ment entendu son nom, tout comme les pre­miers apô­tres au bord du lac de Galilée, elle a réel­le­ment entendu ce "Suis-moi !" qui a jailli dans son cœur. Et voici des années qu’à pré­sent elle a quitté le para­dis de São Felix pour vivre dans un autre para­dis : celui de la vie com­mune avec le Christ Ressuscité. Elle a quitté les siens, elle L’a suivi là ou elle n’aurait pas pensé qu’Il l’emme­nât. Tout cela pour mener une vie com­mu­nau­taire, une vie de prière, une vie de mis­sion, d’apos­to­lat, de trans­mis­sion de la com­pas­sion du Christ. Elle a quitté São Felix pour mener plus que jamais une vie de pau­vreté, de chas­teté, d’obéis­sance. Et pour­quoi a-t elle fait tout cela, et pour­quoi va-t-elle passer tout le reste de son exis­tence à vivre de cette vie-là ? Parce qu’elle a expé­ri­menté l’amour infini, inson­da­ble du Christ res­sus­cité. Et qu’elle veut y répon­dre avec tout son cœur, tout son être, tout son corps. Elle veut vivre en Sa pré­sence ; et elle conçoit si bien l’impor­tance de Sa pré­sence que le Seigneur a permis qu’elle entre dans la com­mu­nauté des Servantes de la Présence de Dieu.

Beaucoup dans notre monde cher­chent Dieu. Ils se posent la ques­tion : "Mais où est-Il ? L’avez-vous ren­contré Celui pour qui mon cœur est fait ? L’avez vous vu, l’avez vous entendu, l’avez vous touché ? Où est-Il Celui dont mon cœur a tant besoin ? Où est-Il celui par qui mon intel­li­gence a besoin d’être illu­mi­née ? Où est-il celui par qui mon affec­ti­vité a besoin d’être puri­fiée ?" Sœur Myriam, ses sœurs, avec tous ceux qui ont expé­ri­menté cette pré­sence étonnante, peut dire tout sim­ple­ment : « Il est là ! ». Il est là où je suis, Il est là où l’Eglise est pré­sente, Il est là dans tous les taber­na­cles du monde, Il est là dans le cœur de ses enfants, Il est là dans sa Parole qui parle, qui invite, qui appelle… Bref, sœur Myriam a cette mis­sion au sein de l’Eglise de rendre pré­sente la pré­sence de Dieu et de la rendre pré­sente là où elle semble la plus invi­si­ble, la plus silen­cieuse, la plus intou­cha­ble, je veux dire sur tous les Golgothas du monde : dans les cœurs qui souf­frent, dans les intel­li­gen­ces qui sem­blent comme fer­mées. Partout où la pré­sence de Dieu semble être comme voilée. Il s’agit pour Sœur Myriam, pour ses sœurs, de s’infil­trer dans ces lieux pour mani­fes­ter, pour expri­mer cette pré­sence là ou elle semble cachée. Et qui peut-elle pren­dre comme modèle pour une telle mis­sion ? Celle qui est montée sur le Golgotha avec son Fils. Là où on enten­dait crier : « Mais où es-tu Seigneur ? », de la bouche même de Celui qui est son Fils. Nos Sœurs, à la suite de la Vierge Marie, peu­vent monter sur le Golgotha, et elles le peu­vent parce que la Vierge Marie est montée avant elles sur ce lieu. Elles peu­vent, dis­crè­te­ment, avec recueille­ment, avec res­pect, entrer dans le cœur de ceux qui souf­frent pour leur dire cette nou­velle que nous pro­cla­mions il y a un ins­tant : « Tu sais, n’aies pas peur, Christ est res­sus­cité ! Tu sem­bles plongé dans la mort, dans la déses­pé­rance, mais le Christ est là ! » Lui-même a visité la mort, Lui-même est des­cendu jusqu’aux enfers pour que rien ne demeure en dehors de la rédemp­tion, pour que tout soit sauvé, pour que tout soit habité de Sa pré­sence.

Alors, sœur Myriam, tu peux désor­mais, faire reten­tir dans ton cœur ce cri de joie et de reconnais­sance qui n’a cessé d’habi­ter celui de la Vierge Marie ; et le répé­ter de jour, de nuit, par­tout où tu es, par­tout où tu vas. Ce cri qui peut deve­nir ton « nom nou­veau », ta devise, c’est : Magnificat ! Que cette parole habite ton cœur très spé­cia­le­ment aujourd’hui, et qu’elle gran­disse aussi pour pren­dre de plus en plus d’espace dans ta vie. De telle façon que, quand nous nous retrou­ve­rons dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans, si je t’appelle « Sœur Myriam », tu me répon­des : "Je ne suis plus sœur Myriam je suis sœur Magnificat, ou sœur Myriam-Magnificat parce que ce seul mot ne cesse de m’habi­ter. Je suis un cri de joie dans la créa­tion, je suis un cri de reconnais­sance par­tout où je passe, parce que le Seigneur a fait pour moi et Il a fait pour tous, de si gran­des choses !"

Amen, Alléluia !

Père Thierry de Roucy

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