• 12 août 2014
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Hannah Arendt, une femme libre

Dans cette vidéo tirée de l’émission Un Certain regard, la phi­lo­so­phe juive alle­mande Hannah Arendt nous livre un regard d’une grande pro­fon­deur sur les évènements sociaux-poli­ti­ques de sa vie. Elle nous donne une magni­fi­que leçon de liberté qui est pour elle le fruit d’une grande ascèse pour ne pas céder à la pensée ambiante, à la force d’inti­mi­da­tion des bureau­cra­ties, aux sys­tè­mes idéo­lo­gi­ques de pensée.


Hannah Arendt (Interview à New York) por MrKaplan

La liberté

Dans son livre La crise de la culture Hannah Arendt défi­nit la liberté comme : « la capa­cité de pro­duire un mira­cle, c’est-à-dire quel­que chose à quoi on ne pou­vait pas s’atten­dre. » Elle reprend là une défi­ni­tion de saint Augustin : « L’homme est libre parce qu’il est un com­men­ce­ment ». La liberté impli­que donc la capa­cité de créer quel­que chose d’abso­lu­ment unique, mais aussi la res­pon­sa­bi­lité de mon acte.

Être libre ne signi­fie pas maî­tri­ser la réa­lité. Nous cher­chons le plus sou­vent à pla­ni­fier et à maî­tri­ser : « Tout le monde agit en fonc­tion de l’avenir », mais parce que « l’action est faite par nous et non par moi », je ne peux pas, en réa­lité, déter­mi­ner ce qui va adve­nir quoi qu’en pense la plu­part des gens. « Seulement si j’étais seule, je pour­rais pré­dire ce qui va venir. (…) Il y a tant de choses qui vien­nent du hasard. »

Ce désir est en fait sou­vent une peur de la liberté, c’est-à-dire peur de poser des actes dont je suis res­pon­sa­ble. « Evidemment nos contem­po­rains ont peur de la liberté, mais ils ne le disent pas. Si seu­le­ment ils le disaient, on pour­rait immé­dia­te­ment ouvrir le débat. Si seu­le­ment ils disaient : "nous avons peur, nous avons peur d’avoir peur". C’est l’une des prin­ci­pa­les moti­va­tions. Mais nous avons peur de la liberté. »

Toute idéo­lo­gie, tout for­mule en « -isme » est une preuve fla­grante de cette peur : lais­ser la règle penser à ma place, lais­ser un autre pren­dre la res­pon­sa­bi­lité de mes actes. « Je ne suis pas du tout sûre d’être une libé­rale, je n’ai aucun credo en la matière, je ne pro­fesse pas une phi­lo­so­phie poli­ti­que que je pour­rais résu­mer par un terme en « -isme ». (…) » « Moi, je me sers où je peux, je prends ce que je peux et ce qui me convient, l’un des grands avan­ta­ges de notre temps c’est ce qu’a dit René Char : "Notre héri­tage n’est pré­cédé par aucun tes­ta­ment", cela veut dire que nous sommes entiè­re­ment libres d’uti­li­ser où nous vou­lons les expé­rien­ces et les pen­sées du passé. »

La liberté impli­que le juge­ment, c’est-à-dire faire miens les événements qui arri­vent. « Ma concep­tion de la liberté ne repose que sur la convic­tion que chaque être humain en tant qu’être pen­sant peut réflé­chir aussi bien que moi et peut former son propre juge­ment s’il le veut. Ce que je ne sais pas c’est com­ment faire naître ce désir en lui. »

« La seule chose qui peut aider c’est réflé­chir, réflé­chir c’est-à-dire penser de manière cri­ti­que, et penser de manière cri­ti­que c’est-à-dire que chaque pensée sape ce qu’il y a de règle rigide et de convic­tion géné­rale. (…) Tout ce qui se passe quand on pense est soumis à un examen cri­ti­que. Ce qui signi­fie, qu’il n’y a pas de pensée dan­ge­reuse parce que le fait même de pensée est en lui-même une entre­prise très dan­ge­reuse. (…) Mais ne pas penser est plus dan­ge­reux encore. »


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