• 7 août 2014
en es fr

Fioretti d’Orient : de l’or dans la boue

En Irak, les chré­tiens et les chii­tes sont expul­sés ou tués. En Palestine, il y a eu plus de 1000 morts en une ving­taine de jours. Au cœur de toutes ces atro­ci­tés, des pépi­tes d’or appa­rais­sent, mélan­gées à la boue. Des pépi­tes d’or qui sont ces ren­contres, ces pas de com­mu­nion entre chré­tiens et musul­mans, des signes d’espé­rance, même si elles n’enlè­vent rien à l’absur­dité de la souf­france de ces peu­ples d’Orient depuis des années. Voici quel­ques fio­retti qui par­lent d’eux-mêmes.

  • Interview de la journaliste irakienne Dalia El Arydy par la chaîne de télévision libanaise (LBC) :
    Question : Vous avez souhaité être en communion avec les chrétiens de votre pays, en portant la croix autour du cou, vous, l’Irakienne musulmane sunnite. Pourquoi avez-vous choisi de prendre cette initiative ?

Dalia El Arydy. C’est une ini­tia­tive pour lutter contre ceux qui essaient d’enfouir la civi­li­sa­tion. Ce n’est pas uni­que­ment une ini­tia­tive reli­gieuse, mais aussi civile et cultu­relle. C’est une grande dou­leur de voir que cer­tains sou­hai­tent « tein­dre » l’Irak avec une seule tein­ture, une seule cou­leur. Et moi, en tant qu’Irakienne, quelle que soit mon appar­te­nance reli­gieuse ou confes­sion­nelle, je refuse d’appar­te­nir à une seule cou­leur. La croix a été inter­dite à Mossoul, le chré­tien même a été inter­dit à Mossoul. Notre réponse à cela n’est rien d’autre que de porter la croix autour de notre cou pour dire à tous les Irakiens : « Nous sommes tous chré­tiens », et ceci jusqu’au retour de chaque chré­tien à Mossoul même, et jusqu’à ce que la sécu­rité de chaque chré­tien en Irak soit assu­rée.

  • Le 27 juillet 2014, le journal libanais "L’Orient le jour" a publié le témoignage suivant de 500 réfugiés (chrétiens et musulmans) qui se retrouvent dans la même église (Saint-Porphyre) en Palestine, suite aux bombardements israéliens.

« Pour Mahmoud Khalaf, un habi­tant de Gaza, c’est une expé­rience pour le moins inha­bi­tuelle de se pros­ter­ner cinq fois par jour pour la prière musul­mane sous le regard d’une icône de Jésus dans une église de l’enclave pales­ti­nienne. Mais depuis que l’armée israé­lienne a com­mencé à pilon­ner sa ville de Chaaf, dans le nord de ce petit ter­ri­toire de quel­que 360 kms carrés, il n’a pas eu d’autre choix que de se réfu­gier dans l’église grec­que-ortho­doxe Saint-Porphyre, dans le quar­tier du Vieux Gaza. "Ils nous lais­sent prier. Cela a changé la vision que j’avais des chré­tiens. Je n’en connais­sais pas vrai­ment avant, mais ils sont deve­nus nos frères", expli­que ce musul­man pales­ti­nien de 27 ans. "L’amour entre les musul­mans et les chré­tiens gran­dit ici", témoi­gne-t-il.

Chaque jour, il se tourne vers La Mecque, le pre­mier lieu saint de l’islam en Arabie saou­dite, récite les ver­sets du Coran et se pros­terne, comme il le ferait dans une mos­quée. Et les prê­tres comme les parois­siens de Saint-Porphyre sont atten­tion­nés pour leurs hôtes. "Les chré­tiens ne jeû­nent pas, bien sûr, mais ils évitent soi­gneu­se­ment de manger devant nous pen­dant la jour­née. Ils ne fument pas et ne boi­vent pas quand ils sont avec nous", observe Mahmoud Khalaf.

"Les chré­tiens et les musul­mans vont peut-être célé­brer l’Aïd ensem­ble ici", avance Sabrine al-Ziyara, une musul­mane qui tra­vaille depuis 10 ans comme femme de ménage à Saint-Porphyre. "Mais cette année, ce ne sera pas la fête de la fin du jeûne, ce sera la fête des mar­tyrs", dit-elle tris­te­ment. L’expé­rience de subir ensem­ble les bom­bar­de­ments, ren­force les liens. »

Sr Josette


Revenir au début