• 20 juillet 2013
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Etats-Unis : Tout ce que je veux c’est que tu sois là

J’aime­rais com­men­cer par T. que le Point Cœur de Bangkok accom­pa­gne depuis vingt ans et qui est décé­dée quel­ques semai­nes après ma der­nière visite en mars. Elle a eu une vie dif­fi­cile, rem­plie de bien des cris et de bien des drames. Ces der­niè­res années, sa santé a beau­coup décliné et elle était deve­nue aveu­gle. Un matin, avec Marie-Celeste nous sommes allées chez elle pour per­met­tre à N. sa fille cadette qui vit avec elle de partir faire des démar­ches admi­nis­tra­ti­ves (elle ne vou­lait pas lais­ser sa maman toute seule). Lorsque nous arri­vons chez T., la situa­tion nous paraît bien dou­lou­reuse. Il y a du linge sale un peu par­tout, de la vais­selle sale, T. n’a pas pris de douche et n’a pas encore mangé... Nous nous par­ta­geons les tâches avec Marie Celeste, mais T. est très agitée et ne se calme que si l’une de nous s’assied auprès d’elle et lui prend la main. Tout à coup je suis saisie par le fait que pour T. la situa­tion exté­rieure dans laquelle elle vit n’est pas ce qui compte, ce dont elle a besoin, ici et main­te­nant, c’est d’une pré­sence. Elle a besoin d’une main pour tenir la sienne, d’une voix fami­lière qui l’apaise, d’un touché qui la ras­sure…

Récemment j’ai fait la même expé­rience auprès de C. qui vit non loin du Point Cœur de Brooklyn. C. perd peu à peu la mémoire, elle ne sait plus quel jour nous sommes, si elle a mangé ou non… L’une de ses amies me demande de l’accom­pa­gner pour aller la visi­ter. C. nous ouvre la porte et son visage est comme celui d’un enfant rempli de gra­ti­tude pour la visite. Elle a reconnu son amie. Nous nous asseyons pour par­ta­ger un peu, mais par moments le regard de C. part dans le vide, elle semble comme absente. Son amie se rend dans la cui­sine et com­mence à faire un peu de ménage… C. lui demande : « Mais que fais tu ? Ce n’est pas de cela dont j’ai besoin ! Ce que je désire c’est que tu t’assieds là avec moi et que tu me parles ! »

Dans les deux cas, cha­cune de nos amies avait des besoins maté­riels bien concrets… Et pour moi il est bien plus facile de pal­lier cette pau­vreté maté­rielle que d’accep­ter de rester juste à côté de nos amies, d’accep­ter de recueillir le cri de T. « Je ne veux plus vivre…. Je suis fati­guée », d’accep­ter de faire face au regard vide de C., de recueillir ces longs sou­pirs. Rester là tout près, offrir non pas notre savoir faire, notre énergie, mais notre per­sonne, nos mains, nos yeux, notre cœur…

Je n’ai pu m’empê­cher de faire un paral­lèle avec la prière… Combien de fois au cours de l’ado­ra­tion, nous cher­chons à faire, à expli­quer à Dieu ce qui ne va pas, à lire de bons textes… Nous cher­chons à amé­lio­rer notre aspect exté­rieur pour plaire à Dieu, à net­toyer notre cœur pour le rece­voir (et je ne dis pas que cela n’est pas bon…) Mais peut-être que Jésus, tout comme nos deux amies, nous dit tout bas : « Tout ce que je veux c’est que tu sois là. Regardes-moi ! Tiens-moi la main ! Ô com­bien j’ai besoin de ta conso­la­tion ! » Après tout, le plus aban­donné, le plus pauvre, n’est-ce pas Lui ?

Sr Régine

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