• 23 octobre 2012
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Equateur : la visite de sr Albane

Rebecca et Sophie, Equateur 2012

« Rien ne change alors. Et tout change. Le bidon­ville reste le bidon­ville. L’enfant mort ne se relève pas. La bourse ne se rem­plit pas. Mais l’insup­por­ta­ble devient sup­por­ta­ble parce qu’il est vécu en pré­sence d’une Présence qui lui donne sens. L’absurde, le révol­tant, la misère débou­chent sur le mys­tère, sur l’ado­ra­tion, sur la misé­ri­corde. Naquit l’Enfant, res­sus­cita le Crucifié et l’espé­rance sou­leva le monde. »  [1]

Il est ainsi bien dif­fi­cile de mesu­rer les fruits de notre pré­sence, de notre amitié. Et pour­tant, la fécondité de Sophie, de Lenore, de Julian et de Carolina m’est appa­rue de mille et une facons. Leur pré­sence dans ce quar­tier sus­cite des ques­tions, l’exi­gence de leur vie de prière pro­vo­que, l’amitié qui les unit malgré leurs ori­gi­nes si dif­fé­ren­tes étonne, leur joie à se livrer à leurs amis attire. Ils ne sont pour­tant pas grand chose dans cette grande ville de Guayaquil ; ils ont à peine vingt ans, leur espa­gnol est encore approxi­ma­tif, ils sont par­fois bien ingé­nus et Carolina, la seule qui soit plus agée et ait plus d ’expe­rience était immo­bi­li­sée juillet et aout à cause d’un ménis­que fêlé  ! Et pour­tant  ! Ils sont plus heu­reux que jamais et leur don sus­cite le don des autres.

Il fal­lait voir la joie de Yolanda à se mettre en quatre pour la reus­site de la Noche de Opera, comme si le fait de nous rendre ce ser­vice don­nait tout à coup sens à sa vie. Et puis son mari, Andres, qui pre­sen­tait Sophie à ses amis en répé­tant à chacun  : « Sophie, Paris — la Isla Trinitaria » lui-même encore sous le choc du grand saut de Sophie  ! Ce soir-là étaient aussi pré­sents des jeunes de notre paroisse, venus nous accom­pa­gner pour nous aider à servir le cock­tail. Ils étaient fiers, beaux et si heu­reux de pou­voir se donner  ! D’un autre quar­tier, Willy, est aussi un vieil ami. Quand il s’est rendu compte que nous visi­tions l’hopi­tal psy­chia­tri­que oú son oncle est interné depuis des années, il s ’est mis à nous accom­pa­gner tous les jeudis, à la sortie de son tra­vail, pour visi­ter avec nous son oncle, puis les autres patients de l’hôpi­tal.

Je ter­mine en vous par­ta­geant sim­ple­ment l’immense gra­ti­tude qui m’habite pour ces trois années de visi­tes au Point-­Coeur de Guayaquil.

Action de grâce pour tous les volon­tai­res que j’ai pu accom­pa­gner pen­dant ces trois ans,
Action de grâce pour chacun de nos amis pré­sents, pour ce peuple qui se laisse engen­drer à une vie plus digne, plus libre, plus grande dans l’amitié avec nos volon­tai­res.
La tris­tesse de quit­ter tous ces visa­ges était bien pré­sente mais comme embras­sée dans cette immense gra­ti­tude qui s’est si sim­ple­ment célé­brée par de mul­ti­ples chants  !

Sr Albane


Notes

[1] Père Thierry de Roucy, Une oeuvre humaine, profondement humaine

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