• 25 avril 2013
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En Argentine, « l’effet François »

Pancarte en plein centre de Buenos Aires

De Sr Mariana, en mis­sion à Buenos Aires (Argentine) :

Il y a un mois la ville de Buenos Aires était tapis­sée d’affi­ches en hom­mage à Hugo Chavez, encou­ra­geant à garder l’espé­rance, à suivre son exem­ple et à conti­nuer la révo­lu­tion com­men­cée. Mais cela est très vite tombé dans l’oubli et la ville a été inon­dée par des dra­peaux du Vatican et des photos du Pape François. C’est l’ambiance même de la capi­tale qui a changé et aujourd’hui, alors que pres­que un mois est passé depuis son élection, « l’effet François » – comme les médias l’ont bap­tisé – conti­nue à mar­quer pro­fon­dé­ment la vie quo­ti­dienne des argen­tins.

Sans tomber dans un dis­cours sim­pliste – la réa­lité reste si com­plexe ici –, il me semble qu’un réveil est en train de se pro­duire dans le peuple argen­tin. Aux plain­tes et à l’indif­fé­rence si habi­tuel­les suc­cède le sens de l’enga­ge­ment dans la société et la vie poli­ti­que, lais­sant der­rière le rêve mes­sia­ni­que si pré­sent dans nos peu­ples latino-amé­ri­cains : l’attente d’un chan­ge­ment venant de quelqu’un d’autre sans impli­quer la res­pon­sa­bi­lité per­son­nelle.

Réveil aussi parmi les bap­ti­sés qui durant la Semaine Sainte ont rempli les églises, et sur­tout les confes­sion­naux. Les témoi­gna­ges sont nom­breux, sim­ples, réconfor­tants. J’en choi­sis un au hasard : le diman­che de Pâques, dans un des prin­ci­paux quo­ti­diens argen­tins, un jour­na­liste, Gabriel Di Nicola [1], a changé son habi­tuelle colonne pour raconter qu’il a, cette année, cher­ché la paix en s’appro­chant de l’Eglise pen­dant la Semaine Sainte.

Dans quel sens l’auto­rité du Pape François est-elle dif­fé­rente ?

L’auto­rité est celui qui met nos vies en mou­ve­ment. Nous ne pou­vons pas nier que des per­son­nes comme H. Chavez, R. Correa ou Cristina K. mobi­li­sent le peuple, mais tandis que les uns pro­vo­quent dans nos pays de fortes divi­sions, un refus par­fois dou­lou­reux de pardon au nom de la jus­tice, le Pape François, en ces quel­ques jours de pon­ti­fi­cat, a pro­vo­qué une autre sorte de révo­lu­tion qui a redonné l’espé­rance et sur­tout une joie toute simple et pro­fonde aux argen­tins.

Nous sommes bien obli­gés de cons­ta­ter que tout cela ne vient pas seu­le­ment de sa per­son­na­lité cha­ris­ma­ti­que, de ses gestes francs et trans­pa­rents. La joie et l’espé­rance des argen­tins vien­nent sans aucun doute d’une expé­rience pré­sente du Christ : « Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de pos­sé­der de nom­breu­ses choses, mais elle naît du fait d’avoir ren­contré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ; elle naît du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments dif­fi­ci­les, même quand le chemin de la vie se heurte à des pro­blè­mes et à des obs­ta­cles qui sem­blent insur­mon­ta­bles, et il y en a tant !”[2]

Juste un mois avant son élection au Pontificat, dans son mes­sage de Carême, notre pas­teur, en décri­vant la réa­lité si com­plexe, par­fois décou­ra­geante, nous pro­vo­qua avec ses mots : « Le piège de l’impuis­sance nous conduit à nous inter­ro­ger : Chercher à chan­ger tout ceci a-t-il un sens ? Que pou­vons-nous faire face à cette situa­tion ? Cela vaut-il la peine d’essayer, si le monde pour­suit sa danse car­na­va­les­que qui tra­ves­tit tout pour un temps ? Cependant, lors­que tombe le masque, la vérité se dévoile et, bien que beau­coup trou­vent ana­chro­ni­que d’en parler, le péché res­sur­git, bles­sant notre chair de toute sa force des­truc­trice et déviant le cours du monde et de l’his­toire. »[3]

Le Seigneur a sans doute écouté sa prière car ce mois qui vient de s’écouler s’est pré­senté à nous « comme le cri de la vérité et de l’espé­rance cer­taine qui vient nous répon­dre que oui, il est pos­si­ble de ne pas nous grimer ni de nous des­si­ner des sou­ri­res de plas­ti­que comme si tout allait bien. Oui, il est pos­si­ble que tout soit nou­veau et dif­fé­rent, parce que Dieu est tou­jours "riche en bonté et en misé­ri­corde, tou­jours prêt à par­don­ner" et il nous encou­rage à recom­men­cer encore et encore. Aujourd’hui, nous sommes à nou­veau invi­tés à pren­dre un chemin pascal vers la Vie, chemin qui passe par la croix et le renon­ce­ment ; qui sera malaisé mais non pas sté­rile. Nous sommes invi­tés à reconnaî­tre que quel­que chose ne vas pas bien en nous-mêmes, dans la société ou dans l’Église, qu’il faut chan­ger, chan­ger de cap, nous conver­tir. »[4]

[1] Texte com­plet en espa­gnol : http://www.lana­cion.com.ar/1568275-...
[2] Pape Francois, Homélie du Dimanche des Rameaux
[3] Card. Jorge Mario Bergoglio, Message de Carême, le 13 février 2013
[4] Id.

Article vu dans le blog Terre de Compassion


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