• 3 février 2014
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Edith Stein (IIIe partie) : Féminisme et égalité

© Points-Cœur

De Sr Isabel, publié dans le blog Terre de Compassion :

Dans un monde où règne une grande confu­sion quant à la fémi­nité, l’être fémi­nin, la place de la femme dans la société, sa voca­tion dans l’Eglise, Edith Stein (cf. arti­cles : "L’art éducatif mater­nel" et "Edith Stein et la théo­rie du genre") apporte des éléments de réflexion inté­res­sants pour aider les femmes à être plus libres et à décou­vrir quel est leur génie propre. En reve­nant sans cesse à la spé­ci­fi­cité fémi­nine, la grande phi­lo­so­phe dénonce indi­rec­te­ment l’idéo­lo­gie égalitaire omni­pré­sente et nous aide à redé­cou­vrir la com­plé­men­ta­rité entre l’homme et la femme.

Quand Edith Stein s’inter­roge sur la "spé­ci­fi­cité fémi­nine", elle repart tou­jours de la nature. Si elle puise par­fois dans dif­fé­ren­tes sour­ces (phi­lo­so­phie, psy­cho­lo­gie, science), elle aime sur­tout s’appuyer sur le livre de la Genèse pour com­pren­dre quelle est la des­ti­na­tion propre de la femme. A partir de ce fon­de­ment bibli­que, elle rap­pelle que Dieu a créé l’Homme à son image et res­sem­blance et qu’il l’a créé homme et femme. C’est par consé­quent l’être humain homme et femme qui est à l’image et à la res­sem­blance de Dieu. Par ailleurs, chacun reçoit une mis­sion propre. Celle de la femme est d’être com­pa­gne et mère.

C’est la nature même de la femme qui demande qu’elle s’accom­plisse comme com­pa­gne et comme mère. Un germe a été déposé en elle, qui est appelé à se déve­lop­per : tout son être (corps et âme) est marqué par cela. "Seul celui qu’une ardente pas­sion du combat a aveu­glé peut nier ce fait patent que le corps et l’âme de la femme sont formés en vue d’une fin par­ti­cu­lière. (…) Son corps est doté des pro­prié­tés requi­ses à cette fin (être com­pa­gne et mère), mais sa spé­ci­fi­cité psy­chi­que est également à l’ave­nant." [1] "(…) si l’âme est la forme du corps, la dif­fé­rence phy­si­que doit néces­sai­re­ment être l’indice d’une dif­fé­rence psy­chi­que. La matière est là pour la forme et non l’inverse. Cela sug­gère même que la dif­fé­rence psy­chi­que est pre­mière." [2]

Cette des­ti­na­tion natu­relle rend donc évident qu’il existe une "spé­ci­fi­cité fémi­nine". Edith Stein en sou­li­gne quel­ques carac­té­ris­ti­ques.
La femme a une dis­po­si­tion à se porter sur la sphère per­son­nelle (là où l’homme est davan­tage axé sur ce qui est objec­tif et à inves­tir toute son énergie dans un domaine d’objets) : elle aime asso­cier toute sa per­sonne à ce qu’elle fait ; elle s’inté­resse à la per­sonne vivante, concrète (qu’il s’agisse d’elle-même ou des autres) ; l’"objet" ne l’inté­resse que dans la mesure où il sert ce qui est vivant et per­son­nel, mais non comme une fin en soi (elle peut en revan­che se mettre au ser­vice d’un objet par amour pour une per­sonne) ; elle s’inté­resse au tout concret et non à une petite partie au détri­ment des autres par­ties. "Partager la vie d’un autre être humain, c’est-à-dire pren­dre part à tout ce qui le concerne, aux gran­des comme aux peti­tes choses, à ses joies comme à ses peines, mais aussi à ses tra­vaux et à ses pro­blè­mes – c’est un don chez elle et cela fait son bon­heur."

La femme se carac­té­rise donc par une incli­na­tion natu­relle à se mettre au ser­vice et à obéir, à être un appui, un sou­tien et à se donner tota­le­ment. Elle aspire à donner de l’amour et à en rece­voir. "(…) une soif ardente de donner de l’amour et de rece­voir de l’amour et, par là même, une aspi­ra­tion à dépas­ser le cadre étroit de son exis­tence réelle pré­sente pour s’élever à un degré d’action et d’être supé­rieurs". [3]

A ces dis­po­si­tions d’esprit pra­ti­que, cor­res­pond une dis­po­si­tion d’esprit plus "théo­ri­que" : son mode cog­ni­tif natu­rel est une dis­po­si­tion à tendre vers le concret qu’elle appré­hende par l’intui­tion et la sen­si­bi­lité (l’abs­trac­tion lui est rela­ti­ve­ment étrangère).

Les qua­li­tés qui sont les sien­nes ne sont pas rédui­tes à son cercle fami­lial le plus proche : par­tout où elle ren­contre des êtres humains, elle peut lais­ser sa valeur spé­ci­fi­que porter ses fruits et exer­cer son action bien­fai­sante en appor­tant conseil, sou­tien, secours. Une femme qui accueille sa nature et lui permet de s’épanouir selon le des­sein de Dieu, devient dès lors un "être com­plet" qui "s’appa­rente à un pilier iné­bran­la­ble sur lequel de nom­breu­ses per­son­nes peu­vent s’appuyer".

« La grande masse des êtres humains est en proie à des conflits inté­rieurs, manque tota­le­ment de convic­tions fermes et de prin­ci­pes soli­des, va à la dérive et n’a aucun garde-fou ; or, la frus­tra­tion engen­drée par ce genre d’exis­tence a pour consé­quence qu’elle est sans cesse à l’affût de plai­sirs nou­veaux et de plus en plus raf­fi­nés, afin de s’étourdir ; quant à ceux qui sont en quête d’un sérieux fond de vie, ils en arri­vent bien sou­vent à être sub­mer­gés par un tra­vail pro­fes­sion­nel uni­la­té­ral qui les pro­tège, certes du tour­billon de la vie actuelle, mais qui ne leur permet pas non plus d’endi­guer ce tour­billon. Pour porter remède à ce mal du siècle, il faut des êtres com­plets tels que nous les avons décrits, c’est-à-dire des êtres humains qui soient soli­de­ment ancrés dans le fon­de­ment que cons­ti­tue l’éternité, et dont la façon de voir et d’agir ne subit point l’influence chan­geante des opi­nions à la mode, des folies et des tra­vers de la mode tout autour d’eux. De tels êtres s’appa­ren­tent à des piliers iné­bran­la­bles sur les­quels de nom­breu­ses per­son­nes peu­vent s’appuyer ; grâce à eux, elles peu­vent à leur tour avoir de nou­veau pour appui des bases soli­des. Si donc les femmes par­vien­nent elles-mêmes un jour à deve­nir des êtres com­plets et si elles aident les autres à le deve­nir, elles crée­ront des cel­lu­les ger­mi­na­les saines et viva­ces grâce aux­quel­les le corps du peuple tout entier sera pourvu de forces vita­les saines. ». [4]


Notes

[1] E. Stein, La femme, Cours et Conférences, Cerf – Editions du Carmel – Ad Solem, p. 68

[2] Ibid.

[3] Ibid., p. 178-179

[4] Ibid., p. 50-51

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