• 28 octobre 2013
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Jean-Luc Godard, « Je vous salue Sarajevo »

Réalisé en 1993, pen­dant le siège de la capi­tale de la toute jeune Bosnie-Herzégovine par l’armée serbe, « Je Vous Salue Sarajevo » est, comme son titre le sug­gère, une prière. Signé Jean-Luc Godard (père de la "nou­velle vague"), ce film de deux minu­tes – deux minu­tes d’une rare inten­sité – fut conçu à partir d’une pho­to­gra­phie de Ron Haviv : un soldat serbe, une arme à la main, une ciga­rette dans l’autre, et devant lui, une femme au sol qu’il s’apprête à frap­per du pied, tandis que deux autres sol­dats regar­dent de l’autre côté, indif­fé­rents. Sur cette scène à la fois cruelle et froide, que Godard ne nous dévoile que peu à peu, vient se poser, comme la main de l’ange sur l’épaule du Christ ago­ni­sant, la douce musi­que d’Arvo Pärt, et la voix de Jean Luc Godard lui-même.

La vidéo s’ouvre sur une cita­tion de Bernanos :

« En un sens, voyez-vous, la peur est tout de même la fille de Dieu, rache­tée la nuit du ven­dredi saint. Elle n’est pas belle à voir, non, tantôt raillée, tantôt mau­dite, renon­cée par tous. Et cepen­dant, ne vous y trom­pez pas. Elle est au chevet de chaque agonie, elle inter­cède pour l’homme. »

et se clôt sur ces vers magni­fi­ques d’Aragon :

« Quand il faudra fermer le livre
Ce sera sans regret­ter rien
J’ai vu tant de gens si mal vivre
Et tant de gens mourir si bien. »

Aragon et Bernanos, deux résis­tants de la pre­mière heure. Deux hommes qui, au-delà de la résis­tance poli­ti­que, ont voulu oppo­ser à la bar­ba­rie une résis­tance du cœur, une résis­tance de l’art, en reve­nant sans cesse, comme à leur source, à cette part de l’homme qui résiste à toute règle, toute caté­go­rie, toute réduc­tion idéo­lo­gi­que. C’est cette source que nous indi­quent les poètes – dont la voix n’est jamais plus néces­saire qu’en tant de guerre –, c’est à cette source qu’il nous faut sans cesse reve­nir.

P. Paul A.
Lire l’arti­cle en entier publié sur le blog Terre de Compassion


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