• 15 octobre 2009
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Lettre encyclique REDEMPTOR HOMINIS (§10)

Michelangelo, « la création d´Adan », Chapelle Sixtine

Dimension humaine du mystère de la rédemption

L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incom­pré­hen­si­ble, sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révé­la­tion de l’amour, s’il ne ren­contre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expé­rience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y par­ti­cipe pas for­te­ment. C’est pour­quoi, comme on l’a déjà dit, le Christ Rédempteur révèle plei­ne­ment l’homme à lui-même. Telle est, si l’on peut s’expri­mer ainsi, la dimen­sion humaine du mys­tère de la Rédemption. Dans cette dimen­sion, l’homme retrouve la gran­deur, la dignité et la valeur propre de son huma­nité. Dans le mys­tère de la Rédemption, l’homme se trouve de nou­veau « confirmé » et il est en quel­que sorte créé de nou­veau. Il est créé de nou­veau ! « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme, car vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus ». L’homme qui veut se com­pren­dre lui-même jusqu’au fond ne doit pas se conten­ter pour son être propre de cri­tè­res et de mesu­res qui seraient immé­diats, par­tiaux, sou­vent super­fi­ciels et même seu­le­ment appa­rents ; mais il doit, avec ses inquié­tu­des, ses incer­ti­tu­des et même avec sa fai­blesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s’appro­cher du Christ. Il doit, pour ainsi dire, entrer dans le Christ avec tout son être, il doit « s’appro­prier » et assi­mi­ler toute la réa­lité de l’Incarnation et de la Rédemption pour se retrou­ver soi-même. S’il laisse ce pro­ces­sus se réa­li­ser pro­fon­dé­ment en lui, il pro­duit alors des fruits non seu­le­ment d’ado­ra­tion envers Dieu, mais aussi de pro­fond émerveillement pour soi-même. Quelle valeur doit avoir l’homme aux yeux du Créateur s’il « a mérité d’avoir un tel et un si grand Rédempteur », si « Dieu a donné son Fils » afin que lui, l’homme, « ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle » !

En réa­lité, cette pro­fonde admi­ra­tion devant la valeur et la dignité de l’homme s’exprime dans le mot Evangile, qui veut dire Bonne Nouvelle. Elle est liée aussi au chris­tia­nisme. Cette admi­ra­tion jus­ti­fie la mis­sion de l’Eglise dans le monde, et même, peut-être plus encore, « dans le monde contem­po­rain ». Cette admi­ra­tion, qui est en même temps per­sua­sion et cer­ti­tude - et celle-ci, dans ses raci­nes fon­da­men­ta­les, est cer­ti­tude de la foi, sans cesser de vivi­fier d’une manière cachée et mys­té­rieuse tous les aspects de l’huma­nisme authen­ti­que -, est étroitement liée au Christ. C’est elle qui déter­mine aussi la place du Christ et pour ainsi dire son droit de cité dans l’his­toire de l’homme et de l’huma­nité. L’Eglise, qui ne cesse de contem­pler l’ensem­ble du mys­tère du Christ, sait, avec toute la cer­ti­tude de la foi, que la Rédemption réa­li­sée au moyen de la croix a défi­ni­ti­ve­ment redonné à l’homme sa dignité et le sens de son exis­tence dans le monde, alors qu’il avait en grande partie perdu ce sens à cause du péché. C’est pour­quoi la Rédemption s’est accom­plie dans le mys­tère pascal qui conduit, à tra­vers la croix et la mort, à la résur­rec­tion.

A toutes les époques, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à la nôtre, le devoir fon­da­men­tal de l’Eglise est de diri­ger le regard de l’homme, d’orien­ter la cons­cience et l’expé­rience de toute l’huma­nité vers le mys­tère du Christ, d’aider tous les hommes à se fami­lia­ri­ser avec la pro­fon­deur de la Rédemption qui se réa­lise dans le Christ Jésus. En même temps, on atteint aussi la sphère la plus pro­fonde de l’homme, nous vou­lons dire la sphère du cœur de l’homme, de sa cons­cience et de sa vie.

JOHANNES PAULUS PP. II

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