• 1er février 2011
es fr

Maruja

Maruja et Clément, volontaire en 2002

Le 4 jan­vier 2011 Maruja, une grande amie et un grand « maître » du Point-Cœur de Barrios Altos au Pérou, est morte. Sr Eléonore se sou­vient d’elle :

J’ai connu Maruja en 1999 peu après mon arri­vée au Pérou. Je ne sais pas depuis com­bien de temps elle connais­sait le Point-Cœur mais je sais qu’elle est tombée malade à 22 ans alors qu’elle était étudiante pour être infir­mière. Je crois qu’elle avait aujourd’hui 40 ou 42 ans. Je l’ai connue assise sur une chaise rou­lante, par­ti­ci­pant à une fête du Point-Cœur. Petit à petit, nous l’avons vue perdre ses facultés phy­si­ques. Jamais elle n’a perdu ses facultés intel­lec­tuel­les mais au fil des années, elle a perdu toute mobi­lité : elle était d’abord assise dans son lit, puis allon­gée et tou­jours un peu plus immo­bile jusqu’à ce que s’atro­phient tous ses mus­cles. Ses arti­cu­la­tions se sont col­lées les unes aux autres pour ne plus bouger, ses jambes et ses bras se sont tordus… La voir pen­dant les der­niers mois était insup­por­ta­ble, elle n’avait que la peau sur les os. Comme elle ne pou­vait pas avaler, elle était nour­rie par sonde et donc le tube l’empê­chait de parler. Je crois que depuis plus d’un an, peut-être deux, Maruja ne par­lait plus, entrant dans le silence. Silence des lèvres mais aussi silence des yeux. Elle n’ouvrait pas tou­jours les yeux mais elle était tou­jours très atten­tive à notre pré­sence et son regard est resté le même, péné­trant !

Les pre­miers volon­tai­res qui l’ont connue se sou­vien­dront d’une Maruja incroya­ble­ment joyeuse qui les encou­ra­geait dans la mis­sion, les repre­nait, priait, par­lait... Après, elle a beau­coup souf­fert inté­rieu­re­ment, mais sans jamais se rebel­ler. Elle s’inter­ro­geait par­fois sur le sens de tant de souf­fran­ces, elle lais­sait échapper quel­ques larmes et plain­tes, mais jamais elle n’a demandé à être ailleurs, elle a tou­jours été docile à cette lourde croix qui la clouait dans son lit. Une autre souf­france était celle de voir sa maman souf­frir pour elle d’autant plus que la señora Rosa est elle-même deve­nue inva­lide. Les deux étaient ali­tées, sans parler ni rien pou­voir faire pour sou­la­ger l’autre.

Maruja a dû aussi offrir sa soli­tude. Aller lui rendre visite était devenu très dif­fi­cile depuis qu’il n’y avait plus per­sonne pour nous ouvrir la porte. Combien de fois avons-nous du crier à tra­vers la porte que nous étions là, que nous vou­lions la voir… et puis partir ?

Rendre visite à Maruja, c’était s’appro­cher du Golgotha. Mais c’était aussi rece­voir une leçon de vie cachée, une leçon d’espé­rance de ceux qui sur leurs lits de dou­leurs par­ti­ci­pent au salut du monde. Combien de fois Maruja a-t-elle bien voulu offrir ses souf­fran­ces pour le Point-Cœur et chacun d’entre nous ?

Son départ me rem­plit de tris­tesse parce que j’ai vrai­ment perdu une amie. Et cepen­dant, nous devons nous réjouir parce qu’elle s’en est enfin allée à la ren­contre du Seigneur. Pendant des années, elle a reçu la com­mu­nion, pen­dant long­temps d’ailleurs de la main des volon­tai­res. Elle a tou­jours suivi la messe à la télé­vi­sion avec la señora Rosa. Elle est entrée dans la paix et le repos qu’elle atten­dait tant. Plus encore, elle est entrée dans la Joie de son Seigneur.

Sr Eléonore

Revenir au début